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Université de Yaoundé I : déchirure entre le recteur et le doyen de la faculté de sciences

Université de Yaoundé I : déchirure entre le recteur et le doyen de la faculté de sciences

A l’origine de la brouille, le vol de centaines d’ordinateurs issus du don spécial de Paul Biya et la gouvernance jugée chaotique de cet établissement de la plus ancienne université d’Etat.

Une affaire de vol de plusieurs centaines d’ordinateurs offerts dans le cadre du don spécial de 500 000 ordinateurs du président de la République à la communauté estudiantine agite l’université de Yaoundé I depuis plusieurs semaines. Dans une interview accordée au quotidien Mutations le 13 avril 2021, le recteur, Maurice Aurélien Sosso, révèle qu’un audit conduit par le vice-recteur chargé du Contrôle interne et de l’évaluation a fait le constat d’un « vol sans effraction d’ordinateurs ayant nécessité l’implication de nombreuses complicités estudiantines at de responsables de la faculté de sciences ».

D’après le recteur, l’audit met principalement en cause le doyen, Jean Claude Tcouankeu. « Quant à la culpabilité présumée ou non du doyen, malgré le constat du laxisme et de négligence avéré dans la gestion du stock d’ordinateurs, seule l’enquête judiciaire en cours nous permettra de faire manifester la vérité », insiste le Pr. Maurice Aurélien Sosso.

Pour tirer la situation au clair, et indépendamment de la procédure judiciaire en cours, le recteur invite le doyen à lui « faire parvenir, dans les meilleurs délais, le rapport détaillé de la gestion de l’opération de distribution des ordinateurs, en y faisant ressortir notamment le nombre d’ordinateurs reçus, distribués, restants, éventuellement égarés ou volés, tout en décrivant les circonstances de cette disparition ou de ce vol ainsi que les dispositions prises en lien avec la hiérarchie ».

Menace constante à la paix Le vol d’ordinateurs n’est pas seul à polluer les rapports entre le recteur et le doyen de la faculté de sciences de l’université de Yaoundé I. Il y a aussi la gouvernance académique jugée chaotique de la faculté des sciences de la plus ancienne et importante parmi les huit universités d’Etat que compte le Cameroun avec 72 380 étudiants inscrits dans ses huit établissements. Dans une correspondance adressée le 10 mars au doyen, le recteur note que « votre manière de servir suscite quelques interrogations quant à votre volonté à mener à bien la mission de diriger la faculté de sciences ».

Pour nourrir son doute, le Pr. Maurice Aurélien Sosso soutient que cet établissement, qui compte 32 061 étudiants, représente « une menace constante à la paix sociale ». Cette menace est entretenue par « des mouvements d’humeur réguliers des enseignants qui revendiquent le paiement de leurs primes et autres prestations académiques, le désordre caractérisé de la gestion des étudiants où l’approche tribale inhibe l’objectivité, le mérite et l’équilibre régional, gage de la paix sociale dans notre pays ».

Pas de surprise que le taux d’échec atteigne une proportion jamais enregistrée au cours de l’année académique dernière au niveau 1, décidant ainsi le conseil d’administration, lors de sa session du 28 décembre 2020, à commettre un audit des résultats. D’après la correspondance susmentionnée, les conclusions de cet audit ont relevé que ce taux de réussite très bas (15 %) se justifie avant tout par une méconnaissance totale du système LMD (licence-mas-ter-doctorat). Il résulte aussi d’« une mauvaise couverture des emplois de temps, une insuffisance criarde de travaux dirigés et des travaux pratiques, une carence pédagogique notoire caractérisée par des évaluations non liées aux objectifs éducationnels, lesquels sont également méconnus des étudiants ».

Au regard de cette situation préoccupante, le recteur a invité le doyen, qui n’a pas souhaité réagir, « à une révision » de son comportement afin d’y remédier et d’améliorer la gouvernance.