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Restitution des biens culturels : le Cameroun, hors jeu

Restitution des biens culturels : le Cameroun, hors jeu

Le parlement français a adopté courant décembre dernier, une loi qui ignore les plaintes du Cameroun et d’autres pays africains, en matière de réclamation de biens culturels volés pendant la période coloniale.

Le 24 décembre 2020, le parlement français a finalement adopté une loi pour l’encadrement du projet de restitution des biens, culturels. Après l’examen par le Conseil des ministres français, la loi n°2020-1673 est désormais l’habillage juridique qui servira de socle à la restitution.

Pour un meilleur suivi, les sénateurs ont requis la création d’un Conseil national de réflexions sur la circulation et le retour des biens culturels extra-européens. Cette mesure est l’initiative la plus attendue par les africains depuis le lancement de ce projet de restitution en 2017. Mais elle pose deux problèmes d’envergures dont les solutions ne sont pas envisageables par la France.

D’abord, la loi ne reconnaît que le Benin et le Sénégal comme pays récipiendaires, au mépris du Cameroun qui compte de millions d’objets logés dans les musées français et d’autres pays africains. C’est à croire que les plus de 900.000 objets africains exposés au Musée Quai Branly-Jacques Chirac, sont l’unique patrimoine du Benin et du Sénégal.

Et comment comprendre que 26 œuvres seulement, qui constituent le trésor de Béhanzin, soient restituées aux Benin et juste quelques sabres aux Sénégal ? De plus, le comité de réflexion établit par le Sénat et qui n’est constitué que de français, est chargé de concevoir un circuit de circulation de ces œuvres. A ce niveau, il ne suffit pas d’être afro-pessimiste pour comprendre que, la logique de coopération culturelle proposée par les lobbies anti-restitutions, reste au centre des débats.

Le Cameroun qui revendique une multitude d’objets exposés dans les musées de France, s’en trouve marginalisé et les préoccupations sur une éventuelle restitution de ses objets animent les réflexions. Il est certes vrai que depuis 2017, la mobilisation du Cameroun quant à la revendication des ses œuvres, est jusqu’ici timide mais il est logique que, comme tous les pays africains concernés par ce pillage, qu’une politique de restitution globale ait été arrêtée.

De plus, le délai fixé par lafFrance pour la restitution est prévu pour le deuxième trimestre de l’année 2022, et jusqu’ici, l’on a assisté.^es restitutions timides et à double vitesse. Pour le muséologue Franck Tchialeu, «Ce projet portait en germe son propre échec, au regard du poids des lobbies anti-restitution, mais aussi de l’ampleur de la pandémie. La concrétisation de cette initiative aurait été un début de réparation de l’aliénation qu’a fait subir la France aux pays africains».

Pour mémoire, le texte de loi a été adopté par 49 voix pour et aucune contre à F Assemblée nationale, et a été approuvé par le Sénat. La restitution de ce patrimoine s’inscrit dans le cadre d’une «volonté renforcée de coopération» avec les pays africains, comme le reconnaît le ministre français du Commerce extérieur, Franck Riester, venu défendre le texte dans l’hémicycle à la place de la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot. Les débats portent principalement sur le Bénin, dont 26 pièces du Trésor de Béhanzin ont été pillées lors du sac du palais d’Abomey en 1892 par les troupes coloniales françaises ; et le Sénégal pour son sabre et son fourreau attribués à El Hadj Omar Tall.