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Réquisitions : le parquet pour la condamnation d'un commissaire divisionnaire et Cie

Réquisitions : le parquet pour la condamnation d'un commissaire divisionnaire et Cie

Le ministère public n’accorde aucune excuse à l’ancien commissaire de sécurité publique de Bafia et ses collaborateurs poursuivis pour coaction de corruption active et recel d’individu en compagnie d’un tradipraticien accusé de corruption passive et escroquerie. La Délégation générale à la sûreté nationale refuse, pour sa part, d’assumer les actes posés par ses employés.

MAfana Didier, commissaire divisionnaire, ex patron du commissariat de sécurité publique de la ville de Bafia, les officiers de police Pierre Mendo et Bidias Onana, les inspecteurs de police Njimagnia, Tchameni et Clément Roger Ambadiang, en service dans la même unité, sont dans de sales draps. La représentante du parquet ne leur accorde aucune excuse au sujet des infractions de coaction de corruption active èt de recel d’individu retenues contre’leurs personnes.

Pis, les fonctionnaires de polices sont désormais orphelins dans ce procès, ils ne bénéficieront pas du soutien de leur employeur, la Délégation générale à la sûreté nationale (Dgsn) qui estime que les actes reprochés aux mis en cause n’étaient pas commis dans le cadre de leur fonction. Le 3 février 2021, la représentante de la Dgsn l’a fait savoir en déposant ses observations écrites sur la table du Tribunal de première instance [TPI] de Yaoundé centre administratif qui connaît de l’affaire. La magistrate du parquet n’a pas aussi été tendre à l’endroit de M. Youssoufa alias Maître Hassan, tradipraticien, poursuivi pour escroquerie et corruption passive. Elle le traite d’un escroc de réputation internationale.

Dans son exposé des faits qui remontent au 22 mai 2020, la représentante du ministère public a expliqué que M. Youssoufa alias Maître Hassan, s’est présenté à une certaine Damaris Mvondo, sa victime, comme un tradipraticien en mesure de la rétablir dans son foyer conjugal qui battait de l’aile. C’est ainsi qu’il va déterminer la dame à lui remettre la somme de 40 millions de francs. Celte somme avait été soustraite du coffre-fort de son époux, à leur domicile à Yaoundé, et remise à M. Youssoufa.

Parti avec le pactole M. Youssoufa avait été stoppé dans sa course à la barrière de police de Bafia. Dans le but d’échapper aux filets de la police, il avait remis la somme de 3 millions de francs aux inspecteurs Ambadiang et Njimagnia, qui l’avaient interpelle. Face au refus des deux policiers de le laisser passer, le marabout remettra le montant de 10 millions au Commissaire divisionnaire Afana qui qui avait hérité du dossier peu après. Pour le parquet, ces faits sont constitutifs des infractions d’escroquerie et corruption passive.

Exceptions de nullité

S’agissant du cas de M. Afana Didier et de ses collaborateurs, le ministère public affirme qu’ils ont agi de commun accord pour négocier l’élargissement du tradipraticien en contrepartie des 10 millions de francs qui ont été répartis entre les acteurs, à concurrence de 2 millions de francs pour chacun des officiers de police et 1 million de francs pour chacun des inspecteurs de police. La part du lion revenant au chef de l’unité. Sauf que M. Onana qui dit n’avoir rien reçu de cet argent, a dénoncé le forfait à travers un mouchardage qui est parvenu aux oreilles de la Dgsn. «Dans cette affaire, l’officier Mendo est le cerveau.

Son collègue Bidias Onana ne peut pas bénéficier du doute, il a bel et bien- perçu l’argerit litigieux mais a contesté le montant. Ils ont agi ensemble et emporté les inspecteurs de police dans la cabale. Face à des faits aussi graves, on ne doit plus parler de subordination, chacun doit chercher à sauver sa tête», a déclaré le magistrat du parquet. Il demande au tribunal de déclarer les mis en cause coupables des faits qui leur sont reprochés. L’avocat de la présumée victime réclame la somme de 61 millions de francs remise par sa cliente à M. Youssoufa.

Des fonds qui ont fait l’objet d’un partage entre le marabout et les policiers. Pour lui, les victimes supposées ont subi un énorme préjudice pour avoir recouru à des emprunts pour restituer la somme querellée, qui était destinée à un marché public. II plaide pour la condamnation des mis en cause et de la Dgsn, (civilement responsable des actes posés par ses agents) à restituer les fonds querellés.

Pour les avocats de la défense, on ne peut pas retenir les infractions d’escroquerie contre le tradipraticien, étant donné que c’est Mme Ngono qui avait sollicité ses services contre rémunération. Dès lors que l’argent qu’il avait perçu d’elle était déjà sa propriété, M. Youssouf, pouvait en faire ce qu’il voulait. Les avocats soutiennent que ce procès devrait être annulé à cause des violations de certaines règles de procédures, notamment la garde à vue qui a duré plus de deux semaines. Ils demandent que les proces-verbaux des enquêtes préliminaires et celui du parquet qui en découle soient écartés de la procédure parce qu’ils contiennent des déclarations faites en l’absence des avocats de la défense en même temps que leurs clients n’ont pas été soumis à une quelconque confrontation.

Ils ajoutent que si les faits reprochés à leurs clients étaient fondés, les présumées victimes se seraient présentées devant la barre pour défendre leurs intérêts. «Il faut exorciser ce dossier pour savoir sa profondeur» a confié un avocat de la défense. Il estime en outre que les fonctionnaires de police n’ont pas sollicité l’argent auprès du marabout pour l’élargir, étant donné qu’il ne faisait pas l’objet des poursuites judiciaires au moment des faits.

En outre, les inspecteurs de police incriminés n’ont jamais participé aux tractations entre leur patron et le marabout encore moins au partage de l’argent litigieux. Les sommes qu’ils ont reçues de leur chef ont été immédiatement restitués dès qu’elles faisaient problème. Ils demandent enfin au tribunal de constater que les infractions imputées à leurs clients ne sont pas fondées et les relaxer purement et simplement. La décision du tribunal est attendue le 18 février 2021.