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Fonction publique : les réserves du Minfi sur un recrutement controversé de 12 000 personnels

Fonction publique : les réserves du Minfi sur un recrutement controversé de 12 000 personnels

L’opération ordonnée par te président de ta République a été menée dans ta plus grande opacité et ouvert la voie à beaucoup de dérives. Louis Paul Motaze fixe les conditions de sa soutenabilité budgétaire.

Plus de deux ans après son lancement, l’opération continue de faire des gorges chaudes au sein de l’opinion. A cause notamment de l’opacité et des dérives qui l’entourent. D’après des sources fiables aussi à la présidence de la République qu’au ministère des Finances (Minfi), ce recrutement ordonné discrètement par Paul Biya ne concerne à l’origine que les seuls personnels temporairès en service à l’intendance du Palais de l’unité.

Des collaborateurs du président de la République saisissent la balle au bond pour étendre l’opération à d’autres administrations, au besoin en intégrant des personnes n’ayant jamais servi dans l’administration. L’occasion est idoine pour caser parents et amis. Mais des témoignages de personnes ayant offert, sur exigence des responsables impliqués dans l’opération ou par le truchement de rabatteurs, d’importants pots-de-vin pour ce faire sont aussi légion.

Le copinage et le monnayage porteront en fin de compte le nombre total de personnels relevant du code du travail à recruter par le ministère de la Fonction publique et de la Réforme administrative (Minfopra) à 12 362. Dans une correspondance adressée le 10 décembre 2020 au secrétaire général de la présidence de la République, le Minfi se montre réservé sur la soutenabilité budgétaire de ce recrutement massif opéré discrètement par le Minfopra. La correspondance de Louis Paul Motaze, qui a fuité dans les réseaux sociaux, précise que la validation de ces dossiers, déjà enregistrés au Minfopra, ne pourra être soutenable qu’à trois conditions.

Le Minfi suggère que les dates d’effet de ces recrutements soient échelonnées de. manière suivante : 2 janvier 2019 pour les 4246 premiers agents aux contrats déjà signés, 2 janvier 2020 pour les 1953 agents dont la procédure de signature des contrats est encore à son début et le 1er juin 2020 pour les 6123 affectés au début dudit mois.

De plus, la prise en charge financière de ces recrutements devra se faire de manière progressive, en fonction des disponibilités budgétaires. Enfin, l’incidence financière des recrutements à effectuer au cours des quatre prochaines années doit être plafonnée en deçà de 7,9 milliards de FCFA.

Pourtant, dans une récente sortie Dieudonné Essomba, ancien cadre du Minfi aujourd’hui à la retraite, notait que la masse salariale représente moins de 15 % du budget, encore loin de la moyenne africaine de 30 % du budget de l’Etat. Dans son rapport d’exécution budgétaire à fin septembre 2020, le Minfi révèle que l’Etat, à date, a dépensé 771 milliards de FCFA pour son personnel. Des dépenses en augmentation de 3,6 % en glissement annuel et représentant 74 % des 1042,2 milliards de prévision annuelle.

De plus, opposent ceux qui soutiennent mordicus que ce recrutement est soutenable sur le plan budgétaire, l’Etat a réalisé des économies de d’ordre de 40 milliards de FCFA en 2020 grâce à l’assainissement du fichier solde de l’Etat.

« Ceux qui pensent que l’Etat a la capacité de soutenir ce recrutement et bien d’autres n’ont pas « forcément tort. Toutefois, ils semblent perdre de vue tous ces chocs qui impactent fortement les finances publiques. Hormis les effets de la crise sanitaire liée au Covid-19, les crises sécuritaires dans l’Extrême-Nord, dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest ou même dans la région de l’Est grèvent le budget de l’Etat », fait observer une source.