Politique

Philippe Nanga : « la situation des droits de l'homme reste très préoccupante au Cameroun »

Philippe Nanga : « la situation des droits de l'homme reste très préoccupante au Cameroun »

Le coordonnateur de l’Ong «Un Monde Avenir» réagit.

Pourquoi dites-vous que la situation des droits de l’homme au Cameroun préoccupe ?

La situation des droits de l’homme reste très préoccupante au Cameroun. Notre pays a la particularité d’être une des nations qui a le plus ratifié l’essentiel des instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme, mais qui viole allègrement tous ces instruments. Je prendrais juste deux cas pour illustration: les Directives et principes sur le droit à un procès équitable et à l’assistance judiciaire en Afrique.

Ici, nous avons encore plusieurs cas de détenus dont les procédures judiciaires violent outrageusement ces directives. On recense dans nos prisons, des centaines de prévenus qui ont passé plusieurs années dans des audiences interminables, certains ayant passé des mois voire des années sans voir le juge. Je citerai à la pelle les cas de Paul Chouta, Mamadou Mota, Amadou Varnoulke, Atangana Mebara… Et des centaines de détenus de la crise dite anglophone.

Et qu’en est-il du deuxième cas, dites-vous, relatif aux règles minima des Nations Unies ?

Le 2e cas porte sur l’ensemble de règles minima des Nations Unies pour le traitement des détenus. Il suffit de faire un tour rapide dans nos différentes prisons, pour constater le niveau de violations des règles ci-dessous. Règle 1: Tous tes détenus sont traités avec le respect dû à la dignité et à la valeur inhérentes à la personne humaine. Aucun détenu ne doit être soumis à la torture ni à d’autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, et tous les détenus sont protégés contre de tels actes, qui ne peuvent en aucun cas être justifiés par quelque circonstance que ce soit.

La sûreté et la sécurité des détenus, du personnel, des prestataires de services et des visiteurs doivent être assurées à tout moment. Règle 15: Les installations sanitaires doivent être adéquates pour permettre au détenu de satisfaire ses besoins naturels au moment voulu, d’une manière propre et décente. Règle 22, 1: Tout détenu doit recevoir de l’administration pénitentiaire’ aux heures habituelles une alimentation de bonne qualité, bien préparée et servie, ayant une valeur nutritive suffisant au maintien de sa santé et de ses forces.

2. Chaque détenu doit pouvoir disposer d’eau potable lorsqu’il en a besoin. Le pacte international relatif aux droits civils et politiques et la charte africaine des droits de l’Homme et des peuples (instrument portant sur les libertés fondamentales) sont constamment piétinés.

J’évoquerais également le droit à l’éducation, malgré la ratification par le Cameroun de la convention internationale relative aux droits de l’enfant, la gratuité de l’école reste un slogan, l’accès à l’école est un privilège réservé aux enfants dont les revenus mensuels des parents valent au moins 8 fois le SMIG. Ce que nous pouvons considérer comme une victoire pour nous réjouir, c’est le fait que les Camerounais dans leur immense majorité, s’intéressent de plus en plus aux droits de l’homme.