Politique

Management : les mille maux de Manaouda Malachie

Management : les mille maux de Manaouda Malachie

Absence d’oxygène dans les hôpitaux publics, panne à répétition des scanners, gestion opaque des fonds destinés à la lutte contre la pandémie du Covid-19, grèves des personnels hospitaliers et des personnes souffrant d’insuffisance rénale…, le Minsanté peine depuis trois ans à mettre en œuvre la politique du gouvernement en matière de santé publique.

C’est une tête bien pleine qui est nommée à la tête du ministère de la Santé publique, le 4 janvier 2019, par le président de la République. A 45 ans, il était l’atout jeune du gouvernement. Manaouda Malachie avait des missions précises. Selon l’organigramme du Minsanté, il était à ce titre chargé de l’élaboration et de la mise en œuvre de la politique du gouvernement en matière de santé publique, trois ans plus tard, force est de constater malheureusement que le Doctor of Philosophy (PHD) avec mention honorable et qui a fait ses classes à l’École nationale d’administration et de magistrature (Major de sa promotion) affiche des résultats plutôt décevants.

Ce qui suscite la colère des personnes souffrant d’insuffisance rénale. Lesquelles sont une nouvelle fois descendues le 5 avril 2021 dans les rues de Yaoundé, la capitale politique camerounaise, pour exprimer leur mécontentement. Suivies au Centre hospitalier universitaires (CHU), ces malades n’ont pas reçu de dialyse depuis plusieurs jours pour cause de rupture de stock de kits. Les manifestants affirment attendre depuis deux semaines leur séance de dialyse. Après moult rendez-vous non honorés par le Centre hospitalier universitaire, ils ont décidé de se faire entendre de la manière la plus forte.

Pour ces malades, la situation n’est pas nouvelle. Depuis quelques années au Cameroun, au moins une manifestation du genre est enregistrée dans le pays chaque année. La plus sérieuse reste celle de décembre 2019 où les manifestations s’étaient déroulées simultanément dans plusieurs villes, dont Yaoundé et Douala.

Dans les hôpitaux du pays, où l’on observe régulièrement des mouvements d’humeur des personnels protestant contre les mauvaises conditions de travail, les médecins manquent de l’élément le plus crucial pour sauver les malades les plus graves du Covid-19 : l’oxygène. Le Minsanté peine à s’approvisionner en respirateurs artificiels. Le nouveau coronavirus attaque les poumons, causant des formes aigües de détresse respiratoire et entraînant une baisse dangereuse du niveau d’oxygène dans le sang.

Des études montrent que moins du quart des établissements hospitaliers du Cameroun disposent d’oxygène à tout moment. La situation dans certaines régions est très inquiétante. Le pays en outre est en rupture de stocks de vaccins contre la tuberculose, sans oublier que tous les efforts du Minsanté sont désormais orientés dans la lutte contre le Covid-19, alors que des maladies comme le paludisme, le, sida, Je choléra…. font autant de ravages, sinon plus au sein de la population.

L’opacité dans la gestion des fonds Covid-19 fait aussi partie des maux qui minent le management de l’actuel Minsanté. Human Rights Watch et Transparency International veulent voir clair. Comme pour emboîter le pas au député Jean Michel Nint-cheu, dont les coups de boutoir incitent le ministre de la Santé publique à mettre en lumière l’utilisation faite des financements et dons reçus des partenaires extérieurs et du gouvernement dans le cadre de la riposte contre le Covid-19, les 2 ONG internationales ont, le 30 mars 2021, dénoncé le déficit de transparence dans la gestion des 135 milliards de FCFA reçus du FMI pour accompagner les pouvoirs publics. Elles déplorent le fait que les prestataires de services ayant obtenu des marchés ne soient pas révélés par les autorités.

Les hôpitaux dits de référence n’offrent pas les meilleures conditions de soins aux malades. Des patients font face aux pannes de scanners. Ce matériel d’imagerie médicale de première nécessité connaît des dysfonctionnements dans la quasi-totalité des structures publiques. Aucune porte de sortie véritable n’est proposée par Manaouda Malachie. Les patients sont obligés de se rendre dans des centres d’imagerie privés où ils payent plus cher. «Non à l’arrêt des machines de radiothérapie à l’Hôpital général de Douala. Monsieur le président de la République, les malades de cancers croient à vous», pouvait-on lire sur les pancartes brandies par des manifestants dans le hall d’accueil du service de la radiologie de l’hôpital général de Douala,-le 1er mars 2021.

Les relations entre l’actuel Minsanté et Alim Garga Hayatou, secrétaire d’Etat à la santé publique en charge des épidémies et des pandémies au ministère de la Santé publique n’ont jamais été cordiales. Des informations relayées dans les réseaux sociaux laissent entendre que le Dr Manaouda Malachie a retiré le droit de signature au lamido de Garoua et président du Conseil des chefs traditionnels du Nord.

«Cette rumeur me fait sourire. En réalité, il est dit que lors d’une réunion de coordination j’aurais retiré la signature au secrétaire d’Etat. Déjà mes relations sont très bonnes entre lui (Alim Hayatou) et moi (ministre de la Santé publique) car nous sommes complémentaires», avait démenti Manaouda Malachie. Alim Garga Hayatou a été inhumé ce mardi 6 avril 2021, à Garoua dans la région du Nord-Cameroun. Il est décédé lundi 5 avril 2021 à Yaoundé, des suites de maladie. Il a eu droit à des obsèques officielles décrétées par le président de la République Paul Biya qui lui au moins a reconnu son mérite.»