Politique

Chronique des relations internationales : Macron feint de ne pas connaître Kleda

Chronique des relations internationales : Macron feint de ne pas connaître Kleda

Cela aurait pu commencer comme ça: «face au Covid-19, l’Afrique est mal partie». Ou alors, introduction plus alarmiste: «cette fois, face au Covid-19, l’Afrique est vraiment mal partie ». Et pourquoi? «La sévérité de la deuxième vague à laquelle sont confrontés 40 pays sur 55 a cependant contrarié cette relative sérénité. Le taux de létalité lié au coronavirus en Afrique (2,6%) est désormais supérieur à la moyenne mondiale et plus d’une dizaine de pays ont déclaré auprès de l’OMS être confrontés à la saturation de leurs structures de santé. Sur le seul mois de janvier, le nombre de décès a fait un bond de40%», répond le quotidien français Le Monde, parution du 14 février 2021. À l’aune des chiffres, les perspectives ne sont pas réjouissantes pour l’Afrique. Elles sont même apocalyptiques.

Alors que les pays occidentaux ont entamé, de puis quelques semaines, leur campagne de vaccination contre le Covid-19, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) redoute que l’Afrique soit la grande oubliée des vaccins.

Ceux qui financent cette officine onusienne sont tous convaincus qu’il ne sert à rien de vacciner dans les pays riches, si on ne fait rien — ou si on agit trop tard dans les pays pauvres d’Afrique. La semaine dernière, Emmanuel Macron a fait valoir ses élans de proximité avec le continent.

Le chef de l’État français a proposé jeudi 18 février que les pays riches transfèrent de 3 à 5% des vaccins contre le Covid-19 qu’ils ont en stock à l’Afrique, qui en manque cruellement. «Si tout le monde n’est pas à bord, la France, s’engagera et donnera ces 5% de doses», a précisé l’Élysée.

Visiblement, en matière de couverture vaccinale, Macron a fait de l’Afrique sa priorité., Visiblement, via le Covid-19, il tient-là une occasion historique de prouver aux Africains qu’il se soucie d’eux; car il se déclare prêt à négocier aux meilleurs prix et délais, des milliards de doses de vaccin anti-Covid-19 au bénéfice du continent. Que l’urgence absolue soit d’éradiquer le coronavirus, d’accord! Qu’il y ait un chef d’État qui porte cette volonté, très bien! Qu’un matraquage médiatique soit fait autour de l’Afrique qui manque de moyens pour faire face à la pandémie et d’autres bouquets du même tonneau, tout le monde l’a compris.

Seulement, chez les partisans d’un renforcement de l’indépendance du continent, on contemple désormais avec dédain les certitudes macroniennes selon lesquelles si rien n’est fait pour l’Afrique, c’est le chaos pour ses populations. Que non! L’Afrique dispose de ses anti-Covid-19. 11 y a de formidables énergies sur le continent.

Des Samuel Kleda, il y en a ici. Et ils ont fait leurs preuves. Par la bouche de la France, les fabricants de vaccins veulent continuer à croire que l’Afrique offre, de par sa «faiblesse», un beau terrain d’expérimentation de leurs produits. Jusqu’ici, les recettes miracles que cet Occident a proposées aux Africains ont largement montré leurs limites. Des ajustements structurels aux aides en passant par des leçons de démocratie aux corpus douteux et hautement contestables, les faits sont là. A suffisance, ils démontrent que, via le Covid-19, chaque bord tente de résoudre l’équation… en poussant ses pions.