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Affaires des avocats : Paul Biya instruit l'apaisement

Affaires des avocats : Paul Biya instruit l'apaisement

L’on ne vendait pas cher la peau des avocats au centre d une émeute le 10 novembre dernier au Tribunal de première instance (Tpi) de Bonanjo. Dans le verdict rendu le 23 novembre dernier, Me Richard Tamfu et Me Armel Tchuenmegne ont écopé seulement d une peine de 3 ans d emprisonnement avec sursis. Et pourquoi ? Enquête.

L’affaire a fait grand bruit il y a quelques semaines dans le monde de la justice et barrait la Une de certains journaux. « Palais de justice de Bonanjo : des avocats bas-tonnés et gazés par des policiers ». Cette titraille était abondamment relayée sur les réseaux sociaux par des images d’échauffourées mettant en scène des hommes en robes noires et des forces de maintien de l’ordre. Le grand public n’a jamais véritablement su à ce jour ce qui s’était réellement passé.

Tout ce qu’on sait à ce jour c’est que deux avocats avaient été placés quelques jours plutôt en détention provisoire à la maison d’arrêt de New-Bell après une rocam-bolesque histoire de corruption qui avait mal tourné. Devant le refus de mise en liberté sous caution formulée par des avocats, certains parmi eux, ont cru bon de perturber le déroulement des audiences, s’opposant physiquement à la décision de reconduire à New-Bell, les deux prévenus après ladite demande de liberté provisoire ait été mise en délibérée pour l’audience du 25 novembre 2020. Spécialiste de la contre-enquête, votre journal est à même aujourd’hui de dévoiler le vrai mobile du courroux des avocats à Douala.

Des indiscrétions glanées à très bonnes sources indiquent que, pour savoir exactement ce qui s’est passé au Tpi de Bonanjo le 9 no-v Ambre dernier, il suffit simplement de relever quelques curiosités contenues dans le plumitif de l’audience de ce jour-là. Les mêmes curiosités sont observées sur la chemise du dossier de cette affaire. A en croire nos sources, entre autres curiosités, on pourrait aisément y découvrir que la durée de condamnation initiale prononcée contre le prévenu, client des deux jeunes avocats, Me Augustin Wanto et Annie Christelle Messouck Jouno était de 2 ans.

En fait, la durée d’emprisonnement que la juge prononce ce jour-là, avant d’être rappelé à l’ordre par le ministère public, est 2 ans. Elle aurait donc par la suite rectifié en surcharge 2 ans en 18 ans. Selon nos mêmes sources, la juge dans un premier temps condamne le prévenu à 2 ans, mais est subtilement rappelée à l’ordre par le ministère public qui, au cours de l’audience vient chuchoter à son oreille en lui rappelant que le prévenu avait déjà passé 18 mois en prison. C’est sur ces entrefaites, croient savoir nos sources, qu’elle rectifie séance tenante la décision en changeant 2 en 18.

Seulement, la juge omet de changer aussi « ans ». Malheureusement, quand les avocats se rendent quelques minutes plus tard aux greffes pour payer les amendes, ils découvrent la bourde du magistrat. A savoir qu’au lieu de 18 mois, leur client a plutôt été condamné à 18 ans d’emprisonnement.

Panique générale. Surtout que la famille du prévenu est aussitôt informée de la situation. D’où le tollé incontrôlé observé au Tpi de Bonanjo. Les chefs de cours qui ne maitrisent pas tous ces détails font alors appel à la police et mettent les avocats ?e Augustin Wanto et Annie Christelle Messuk Jouno sous mandat de dépôt. Tout ceci se déroule à l’audience du novembre 2020.

Enseignements

Seulement en décryptant aujourd’hui avec beaucoup de recul et de lucidité, les différents comportements des uns et des autres. Surtout l’attitude du ministère public à l’audience du 9 novembre quand il vient rappeler à l’ordre, la juge, l’on pourrait bien se dire que dans cette affaire, toute la chaine aurait été mouillée. A savoir les magistrats, les avocats et les officiers de police judiciaire ayant mené les enquêtes de cette affaire.

Malheureusement l’on a voulu faire porter le chapeau’ aux seuls avocats. Car qu’est-ce qui peut expliquer qu’une affaire de crime soit par exemple correctionnalisée en délit au Tribunal de première instance, et non en grande instance ?, se demandent certains analystes proches des milieux judiciaires. Pour eux, la réponse coule de source : l’argent aurait été distribué en aval et en amont. Seulement personne pour l’avouer.

En effet, les deux jeunes avocats, par rapport à la suite de leur carrière, n’auraient pas pu avouer avoir remis les 3 millions au centre de la controverse à la juge sans preuve. Tout comme celle-ci ne peut pas oser l’avouer. Selon nos sources exclusives, tous ces dessous seraient parvenus aux oreilles du président Paul Biya. Une fois la vraie information parvenue en haut lieu, le sommet de l’Etat aurait donc décidé de mettre la pédale douce en calmant les 2 camps.

A savoir les magistrats et les avocats. D’où le souci d’apaisement qui transparait dans les deux verdicts rendus la semaine passée dans les affaires Tamfu et Wanto. De l’avis des observateurs proches des milieux judiciaires, cette affaire a le mérite de révéler que la corruption qui a fait son lit dans le monde de la justice concerne toute la chaine, à savoir les magistrats, les juges, les avocats. Cette affaire démontre également que les avocats ne sont pas au dessus des lois comme certains tentent depuis quelques temps à le faire croire.

Ils ne bénéficient d’aucune immunité en l’occurrence et restent des justiciables comme tous les autres. Et la robe, fût-elle noire n’est nullement un passe droit. L’affaire de corruption dans laquelle l’ancien président français Nicolas Sarkozy comparaît actuellement et qui met en cause un avocat, Me Thierry Herzog, avocat de Nicolas Sarkozy et Gilbert Azibert, ancien magistrat est l’illustration même des enseignements tirés de l’affaire de Bonanjo.