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Attentats du 11-Septembre : Le deuil éternel de ceux qui ont perdu un parent dans les attaques

Attentats du 11-Septembre : Le deuil éternel de ceux qui ont perdu un parent dans les attaques

Plus de 3.000 enfants ont perdu un parent dans les attentats qui ont frappé le World Trade Center et le Pentagone ce jour là, ils ont grandi avec la douleur de l’absence, et un traumatisme ravivé à chaque anniversaire

Ashley Bisman avait 16 ans quand elle a vu, sur un téléviseur de son lycée, un avion percuter la tour nord du World Trade Center. Son père, Jeff Goldflam, travaillait pour une banque située au 101e étage – au-dessus de la zone d’impact. Comme elle, 3.051 enfants ont perdu un parent lors des attentats du 11 septembre 2001.

Parmi eux, 105 sont nés dans les mois qui ont suivi, et n’ont donc jamais connu leur père. Tous sont aujourd’hui de jeunes adultes. Et pour beaucoup, le 20ème anniversaire des attaques, samedi, “représente une date particulièrement redoutée, avec un deuil personnel à jamais associé à une tragédie nationale”, explique Terry Sears, directrice de Tuesday’s Children, une organisation de soutien aux enfants et aux familles touchées par les attentats.

Après le drame, les psychologues étaient en grande partie dans l’inconnu : « Ils ne savaient pas quel serait l’impact, sur le long terme, de la magnitude de la destruction, reprend-elle. Le 11-Septembre est un événement horrifique qui a changé le monde, avec des images terrifiantes à absorber à un jeune âge. C’est difficile de se sentir en sécurité en grandissant sans son père dans un monde où l’inimaginable peut se produire ».

Quatre victimes sur dix pas identifiées

Si la directrice de Tuesday’s Children insiste sur l’absence du père, c’est parce que près de 80 % des 3.000 victimes du 11-Septembre étaient des hommes.

Ils travaillaient pour l’essentiel dans la finance - dont 658 rien que dans la banque Cantor Fitzgerald – ou les assurances, auxquels il faut ajouter 400 pompiers, policiers et secouristes tués, et 125 membres du Pentagone.

Perdre un parent à un jeune âge est une épreuve sans fin. « L’absence est éternelle et se fait particulièrement sentir lors des grandes étapes de la vie, comme une remise des diplômes, un mariage ou à la naissance d’un enfant », souligne Terry Sears.

Mais le deuil des enfants du 11-Septembre est rendu encore plus difficile par des circonstances hors - norme. Les plus jeunes n’ont aucun souvenir d’un parent transformé en figure quasi mythique. Plus de la moitié des familles n’ont pas reçu de restes des défunts, avec 22.000 membres et fragments de corps collectés dans des conditions rendant les analyses ADN difficiles.

Cette semaine, les 1.646e et 1.647e victimes ont été identifiées, mais l’espoir s’amenuise au fil des années. Dans ses mémoires - Chasing Butterflies –, Ashley Bisman raconte qu’elle espérait que son père soit allé faire une course, ou qu’il ait miraculeusement survécu à l’effondrement de la tour. Jusqu’à ce qu’une de ses cartes de crédit ne soit retrouvée dans les décombres.

« Chaque famille crée ses traditions »

A chaque anniversaire du 11-Septembre, impossible ou presque d’échapper aux images de la tragédie. Selon Terry Sears, face à cette épreuve, « certains vont à Ground Zero pour la lecture des noms des victimes. D’autres préfèrent le calme d’une randonnée en forêt, ou vont dans le restaurant favori de leur parent défunt. Chaque famille crée ses traditions. »

Et pour la directrice de l’organisation, « la résilience dont font preuve les enfants est un motif d’espoir ». Certains se dirigent vers des carrières dans la diplomatie ou la résolution de conflits, pour combattre les racines du terrorisme.

Plusieurs dizaines de fils et de filles de pompiers décédés ont par ailleurs décidé de marcher sur les traces de leurs pères et ont revêtu l’uniforme. Selon Terry Sears, c’est un thème récurrent : « Espérer que leurs parents, où qu’ils se trouvent, soient fiers d’eux».

N.R.M