Economie

Travaux publics : ombres et lumières sur les ponts métalliques

Travaux publics : ombres et lumières sur les ponts métalliques

Depuis l’arrêt du projet y relatif en juin 2019, on note une abondante littérature qui s’attarde sur de présumée^ malversations financières autour. Repères a enquêté.

Toutes nos sources sont formelles. Le projet de construction de 55 ponts métalliques au Cameroun a été audité. Au ministère délégué auprès de la présidence de la République en charge du Contrôle supérieur de l’Etat (Consupe), on confirme : « Entre avril et juillet 2019, nous avons réalisé l’audit prescrit par le chef de l’Etat. Le rapport est déjà retourné chez lui. Globalement, nous avons relevé des imperfections techniques et recommandé la relance du projet en arrêt depuis juin 2019 ».

Suite à ces recommandations, le 2 septembre 2020, le secrétaire général de la présidence de la République (SG/PR) saisit le Minepat. Pour lui fait connaître que « le chef de l’Etat [lui] demande, en collaboration avec le ministre des Travaux publics (Mintp) de bien vouloir relancer les négociations avec Eximbank US et Société Générale en vue du financement et de la reprise des travaux du projet de construction de 55 ponts métalliques par la ‘société américaine Acrow Bridges ».

Et alors que l’on attend cette relance, fin décembre 2020, le nommé Conrad Dieudonné Bébé Ndi jette un pavé dans la mare. Il accuse le Mintp et son collègue des Finances (Minfi) d’avoir utilisé leur passage au ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat) pour « récupérer mon projet et le faire exécuter à travers des montages financiers destinés à détourner des milliards de FCFA ».

Et pour cause, l’homme se présente comme « celui qui avait identifié un besoin criard au Cameroun pour désenclaver les bassins de production avec l’acquisition des ponts métalliques préfabriqués ». Contacté, le concerné nous renvoie à la direction de la Coopération du Minepat pour «avoir des éléments ».

Seulement, des sources au Mintp indiquent que « ce projet naît de la volonté de l’Etat du Cameroun d’étendre son réseau routier à travers la suppression des points de rupture de trafic et la construction des ouvrages de franchissement, pour assurer le déplacement des biens et des personnes dans un environnement de confort et de sécurité, sur toute l’étendue du territoire. »

L’historique déclinée par nos sources renseigne que « lors de la 4ème conférence Etats-Unis d’Amérique-Afrique sur les infrastructures, à Washington DC du 27 au 29 avril 2010, le Mintp [d’alors] confie à Global Vision LLC la recherche, pour le compte de l’Etat du Cameroun des financements pour les études et/ou des travaux auprès d’agences gouvernementales, de sociétés privées ou de fonds d’investissements ».

Finalement, un projet conjointement.. mené avec Acrow Bridges, US Eximbank et la Société Générale New York (SG/NY) est retenu. Et « Acrow Bridges et la SG/NY s’accordent sur le principe du financement d’un programme de construction de ponts métalliques au Cameroun », indiquent nos sources.

Le 6 décembre 2012, les deux entités concluent un accord commercial d’un montant de 37 272 571 dollars US, ehviron 22,4 milliards de FCFA pour la conception, la fabrication et la fourniture des ponts en sections préfabriquées modulaires en acier par Acrow Corporation of America, USA pour un linéaire de tablier de 2096 mètres linéaires (ml). Dans le même temps, un autre contrat commercial de 34 369 012 euros lie le Cameroun et la société Ellipse Projects SAS pour l’installation de ces ponts.

Le 30 janvier 2015, une convention de financement signée entre l’Etat du Cameroun, représenté par le Minepat, et la Société Générale, branche de France, facilitée par la Société Générale branche des Etats-Unis et US Eximbank, confirme ces contrats commerciaux en maintenant les montants évoqués supra.

Dans son exécution, le projet marque un coup d’arrêt en juin 2019. « L’arrêt du projet coïncide avec l’arrivée à terme de la période de validité de décaissement. De plus, l’avenant à la convention devant prolonger les périodes de décaissement a été signé par le Minepat le 17 septembre 2020 et transmis à la Société Générale et EXIMBANK pour leurs visas avant son exécution », explique une source au Mintp. Qui rappelle que « l’avenant prévoit que la période de décaissement s’arrêtait le 31 décembre 2020. Ce qui rend impossible jusqu’à ce jour du redémarrage du projet ».

Pour rappel, le projet de construction de ponts métalliques au Cameroun consiste à en livrer et installer sur 55 sites. Il s’exécute en deux phases. La première (conception, réalisation des études techniques et d’impacts environnemental et social), démarré le 10 octobre 2016, pour une durée de 06 mois, est exécùtée à 90,90%. Quant à la phase 2, (fabrication, fourniture et installations des tabliers y compris construction des appuis et accès), elle démarre le 26 décembre 2017, et s’étend sur 18 mois.

« Au plan financier, à l’issue des études de conception, nous constatons qu’avec 37 272 541 US Dollars, Acrow Bridges ne peut fabriquer et fournir que 44 tabliers d’ouvrages sur les 55 prévus. Ceci est dû au fait que les longueurs des ponts après études ont considérablement augmenté, passant de 2096 ml à approximativement 3100 ml », apprend-on des services techniques du Mintp.

« L’entreprise Acrow Bridges a rempli sa part de contrat en procédant à 9 envois des containers pour 44 ouvrages décembre 2017 et avril 2018 ». Soit un taux d’exécution de 98,67%.