Economie

Ngaoundéré : incertitudes après le lancement de la centrale thermique

Ngaoundéré : incertitudes après le lancement de la centrale thermique

Le système est fonctionnel depuis le 19 février, mais des doutes planent quant à sa pérennisation.

«On ne dira pas que le problème est fini, mais vous allez constater une différence entre avant et maintenant.» La petite phrase prononcée le 19 février, est du directeur central de production à Eneo en mission à Ngaoundéré, Chebienka Leslie Langsi, lors du lancement de la centrale thermique de cette ville. Aucune garantie n’a ainsi été donnée par ledit responsable sur la fin du phénomène de délestage, dans la région de l’Adamaoua.

Ce sont en effet huit groupes thermiques qui sont mis en service pour palier le déficit énergétique que connaissent actuellement les régions septentrionales du pays. Avec le carburant, nécessaire à leur fonctionnement, il s’agit d’une source mensuelle et supplémentaire de dépenses, se chiffrant, à des centaines des millions de francs Cfa et qu’Eneo, manifestement, n’est pas sûr de pouvoir supporter si jamais la contribution de l’Etat venait à faire défaut.

Selon une source au sein de cette entreprise de distribution de l’énergie « électrique, la mise en service de la centrale thermique de Ngaoundéré est très coûteuse. Elle indique qu’il faudra trois camions citernes de carburant, tous les deux jours, pour faire tourner les machines d’approvisionnement. Cependant, Eneo semble ne pas être à même de faire face, lui seul, à cette charge.

«Monsieur le gouverneur, vraiment il faut plaider en notre faveur pour que l’Etat puisse nous soutenir en carburant» a plaidé le directeur central de production d’Eneo auprès du patron de la région, pour un appui du gouvernement mais aussi des élites locales.

L’opération de lancement de la nouvelle centrale thermique s’est déroulée de manière solennelle à la centrale Sonel à Ngaoundéré. Avant la libération de 8 MégaWatt (MW), Eneo avait déjà transféré les 12MW de Djamboutou à Garoua, dans la région du Nord.

Si Eneo ne peut couvrir les charges liées au carburant et sollicite le concours de l’Etat, les populations de cette partie du pays, elles, demeurent perplexes. Pour les uns, cela risque d’être une occasion, pour l’opérateur, de gonfler les factures des consommateurs. Et beaucoup de s’interroger sur la pérennisation du projet, mis sur pied pour pallier aux problèmes des coupures intempestives de courant électrique dans la région.

«Vraiment tel que c’est parti là, vous allez voir les factures augmenter! Ce sont les clients qui vont payer leur fameux carburant dans leurs factures» grogne François Mouafo, menuisier métallique à Ngaoundéré. Comme lui, ils sont nombreux à ne pas cacher leur anxiété.

D’une puissance installée de 72MW, l’ouvrage, construit entre 1977 et 1982 sur le fleuve Bénoué, est aujourd’hui dans l’incapacité de combler les attentes. Le barrage hydroélectrique de Lagdo, inauguré en 1986, ne peut produire actuellement que 20MW sur les 72MW initialement prévus. Depuis une dizaine d’années, l’installation produit moins de la moitié de sa capacité.

Conséquence, les trois régions, septentrionales vivent une crise énergétique aiguë, laquelle est régulièrement aggravée par une faible pluviométrie dans cette partie du pays. Plus encore, du fait du vieillissement et de l’ensablement progressif de son réservoir, les capacités de production du barrage de Lagdo sont souvent réduites de moitié.