Economie

Energie : la tension ne baisse pas entre le gouvernement et Eneo

Energie : la tension ne baisse pas entre le gouvernement et Eneo

Elle est ravivée ces derniers mois par les délestages dans les trois régions septentrionales. Malgré une Légère embellie. La solution pérenne réside dans les projets solaires sur lesquels les deux partenaires ont manifestement des intérêts divergents.

Les relations entre l’Etat et Eneo ont rarement été cordiales. Si la fourniture de l’énergie électrique dans tout le pays a très souvent constitué une source des variations de tension entre les deux partenaires, la situation des trois régions septentrionales provoque des départs de feu depuis plusieurs semaines. Elle fait suite aux multiples plaintes des populations, des élus locaux, des autorités traditionnelles et administratives relatives aux récurrentes interruptions de la fourniture de l’énergie électrique dans l’Adamaoua, l’Extrême-Nord et le Nord.

La situation est telle que le ministre de l’Eau et de l’Energie (Minee est obligé d’effectuer le déplacement pour le septentrion. Gaston Eloundou Essomba somme alors Eneo de ramener la situation à la normale au plus tard le 12 avril 2021. Dans une note d’information datée du 4 mai, Eneo annonce justement que depuis cette date, le Réseau interconnecté Nord (RIN) connaît une amélioration de l’offre de production.

« Cette évolution tient à une meilleure disponibilité de, la centrale thermique de Djamboutou et à l’installation de 4 MW supplémentaires dans la centrale thermique de N’Gaoundéré ainsi qu’à une optimisation de la production du barrage hydroélectrique de Lagdo», explique le concessionnaire. L’entreprise précise que l’embellie se traduit pour les ménages par une «amélioration de la continuité de service électrique de 17h à 7h, et en journée des branchements de rationnement ramenées à 5 heures de temps contre 8 heures environ par le passé».

Et pourtant, dans une correspondance datée du 10 mai 2021, le Minee revient à la charge en donnant des instructions fermes au DG d’Eneo de réduire l’ampleur des délestages en journée dans le réseau interconnecté Nord (RIN) au cours de la période allant du 12 mai au 30 juin 2021.

Tout en évitant tout rationnement des ménages pendant la journée de célébration de la fête du ramadan, Eneo est tenue de «réduire le rationnement en journée d’une durée actuelle de 5 heures par ménage à une durée maximale de deux heures dès le lendemain de la fête du ramadan et ce jusqu’au mois de juin 2021 ».

Instructions fermes

Mieux, le Minee exige la prise de « toutes les dispositions utiles et nécessaires pour augmenter à minima de 6 MW supplémentaires entre 7 h et 18 h la production de la centrale de Djamboutou. En effet, sur une puissance installée de 30 MW, cette centrale ne produit pas plus de 16 MW en journée depuis plusieurs semaines». Dans le même temps, le concessionnaire doit assurer une production constante de 8 à 9 MW en journée à la centrale de N’Gaoundéré. Et ce n’est pas tout.

Pour Eneo, la mise en œuvre intégrale des instructions du Minee est difficile, voire impossible. L’entreprise invoque la fragilité de la situation en raison d’une sollicitation excessive des centrales thermiques, des difficultés d’approvisionnement en pièces pour la maintenance et, surtout, du coût du carburant extrêmement élevé qui induit un besoin supplémentaire de 3 milliards de FCFA par mois. Au moins les deux partenaires sont d’accord qu’une solution pérenne réside ailleurs. C’est dans cette optique qu’a été mis en route le projet de centrales solaires modulaires et mobiles d’urgence d’une puissance globale de 30 MW. Ces infrastructures seront installées à Kousseri et à Maroua dans l’Extrême-Nord et à Guider dans le Nord.

Solution pérenne

« Dans le cadre de la recherche de solutions les plus appropriées pour juguler le déficit en énergie électrique dans le réseau interconnecté Nord (RIN), j’avais marqué mon accord à la société Scatec, par ma correspondance du 11 janvier 2021, à l’effet d’engager et de boucler en urgence avec votre entreprise, les discussions commerciales et techniques en vue de l’installation et la mise en service de centrales solaires modulaires et mobiles d’urgence », rappelle le Minee au DG d’Eneo.

A en croire une source proche du dossier citée par « Investir au Cameroun”, l’exploitation de ces centrales aurait dû être effective depuis mars 2021, autant dire en même temps que la mise en service effectives des 20 MW de la centrale thermique d’Ahala, transférés à Garoua et N’Gaoundéré.

Mais, croit savoir le site d’informations, à cause de certaines contraintes techniques, Eneo projette plutôt l’installation de ces centrales solaires mobiles vers la fin de cette année. «Les ingénieurs d’Eneo étudient dans l’urgence la faisabilité technique de ces installations, afin d’injecter l’énergie la plus fiable et durable possible», précise « Investir au Cameroun”.

Or, souligne le site, le DG d’Eneo, Éric Mansuy, avait jusqu’au 24 avril pour faire savoir au Minee la suite réservée à ce projet. Car, insiste Gaston Eloundou Essomba dans une correspondance au DG d’Eneo le 16 avril, la location de ces centrales solaires modulaires et mobiles pour une période de 4 ans (2021-2024) devrait réduire les délestages actuels dans les trois régions de 98 %, et baisser de 5 milliards de FCFA sur les neuf premiers mois d’exploitation le coût des combustibles utilisés pour faire tourner les centrales thermiques installées dans le septentrion.

«En vérité, Eneo, ne va pas implante ce projet de gaieté de cœur. L’entreprise a proposé au gouvernement qui l’a validé un autre projet de 35 MW d’énergie solaire dans les trois régions septentrionales. Mais depuis 4 ans, le dossier semble avoir été égaré dans l’abondante paperasse de l’administration », souffle une source bien avisée.

« Eneo a déjà fait savoir tant au gouvernement qu’aux partenaires concernés l’importance de voir les discussions (… ) être bouclées rapidement par l’octroi des divers titres de licences et autres accords contractuels restants à conclure entre l’État, les partenaires et les bailleurs de fonds», indique dans un communiqué Eneo.