Economie

Adamaoua : pas moins de 655.000 hectares des terres convoités

Adamaoua : pas moins de 655.000 hectares des terres convoités

La création des réserves foncières, les concessions et les locations sont sources de litiges.

Le bétail n’est plus la seule identité remarquable de I’Adamaoua ces dernières années. La découverte des valeurs de «l’or marron» a aiguisé les appétits. La terre est l’objet de toutes les convoitises. Les litiges fonciers ont plus que jamais pignon sur rue. Et les derniers remous sociaux mettant en conflit autorités administratives, populations autochtones et promoteurs divers ont éclaté à Awa. Les habitants de la petite localité de la Vina, arrondissement de Ngan-ha, revendiquent formellement le départ de la société Spoproicam. De fait, cette dernière a sollicité la concession de 2 000 hectares.

Dans le fil de l’actualité, c’est la communauté Mbororo par le canal de leur association Mboscuda qui s’est mobilisée comme un seul homme pour dire non à l’attribution d’une parcelle de 100 000 hectares au Dr Abdou!lahi Shehou dans la localité de Mbakana, arrondissement de Tignère, département du Faro et Déo. Des hostilités engagées depuis le 27 février 2018 par 17 familles représentées par Alhadji Bouba Ohodji et Alhadji Djibo.

Mais dans la Vina, précisément dans la localité de Wassandé, arrondissement de Nyambaka, la population s’était déjà soulevée contre l’attribution d’une parcelle de 5 000 hectares à l’entreprise Paksan Tekstil Sanayii Ve dont le directeur général est Ibrahim Halil Gunay. Ce dernier a alors introduit une demande le 07 juin 2019. Demande à l’issue de laquelle le ministre de l’Agriculture et du Développement rural (Minader) demandait par correspondance du 27 septembre 2019 au délégué régional de I’Adamaoua, la «mise à disposition de 5000 ha pour la production industrielle du maïs à Wassandé».

Prudence gouvernementale

Mais avant .les problèmes nés* des concessions de terres dans I’Adamaoua, les populations de certaines localités s’étaient déjà opposées à la création des réserves foncières. Ainsi, à Nyambaka, 333 000 ha de terres agricoles ont mis en désaccord un ancien préfet de la Vina et la population. Celle-ci avait pour ligne de défense le fait que agriculteurs et éleveurs profitaient de vastes étendues de terres. Un collectif des populations, élites, chefs traditionnels des villages de l’arrondissement de Nyambaka a ainsi formulé, le 1er septembre 2019, une «opposition aux travaux de la commission départementale chargée du constat et d’évaluation des réserves foncières destinées à l’agro-industrie de l’arrondissement de Nyambaka».

Même cas de figure à Ngaoundal, dans le département du Djérem, où agriculteurs et éleveurs s’étaient strictement opposés à la création d’une réserve foncière de 100 000 hectares. Face à la furie populaire, les autorités administratives, très souvent soupçonnées d’œuvrer pour la braderie de., terres, ont toujours convoqué des arguments juridiques. «Les populations s’intéressent au problème de constitution des réserves foncières. Il s’agit d’une politique de prudence du gouvernement qui ne voudrait pas que l’ensemble du domaine national soit, bradé par des prédateurs fonciers et que cela puisse, plus tard, compromettre l’exécution des vastes projets de développement», confiait un préfet.

Toujours est-il qu’à Tibati, bien loin d’une concession ou d’une création de réserve foncière, c’est plutôt une affaire de location qui fait jaser. Ici, la société Tawfiq Business Company Sari a sollicité 115 000 hectares. Selon les termes de la demande formulée par l’entreprise, ce site devrait abri ter le complexe agro-industriel de production et de transformation des céréales et agrumes.

Au total, ce sont un peu plus de 655 000 hectares de terre qui sont sollicités dans l’Adamaoua pour emploi divers. Sans doute qu’il y en a plus.