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Sauvagerie-Bar de chez nous : le paradoxe nègre

Sauvagerie-Bar de chez nous : le paradoxe nègre

En parcourant les réseaux sociaux, j’ai vu de nombreux biyayistes s’indigner de l’assassinat de Georges Floyd.

Et parmi eux, beaucoup dans leurs commentaires soutenaient la campagne de protestation lancée par les Noirs d’Amérique contre les violences policières. Beaucoup partagent l’avis du «Trop c’est trop !» et trouvent que c’est une très bonne chose que les US-Blacks fassent enfin entendre leur voix à travers leurs actions d’éclat. Beaucoup ont estimé qu’après des décennies de mépris et d’oppression, c’était devenu la seule façon pour ces gens-là de se faire entendre.

C’est très bien. C’est même excellent. Sauf qu’il y a un souci :

Pensez-vous que les manifestations à Minneapolis étaient déclarées ? Pensez-vous qu’ils ont pris une autorisation préfectorale pour aller scander «Black Lives Matter» dans les rues ? Pire encore, depuis qu’ils ont commencé à saccager des villes entières en refusant même de respecter le couvre-feu, combien de personnes ont eu les cuisses déchirées par les balles de la police et ont été embastillées pour « hostilité contre la patrie et «tentative de déstabilisation des Etats-Unis» ?

Donc si je comprends bien, vous soutenez les actions américaines, mais vous parlez de «terrorisme» quand seulement le 1/10000eme a lieu chez vous ? Vous êtes d’accord avec Sankara qui disait en 1985 que «seule la lutte libère», quand il s’agit des pays lointains, mais vous devenez soudain de farouches légalistes quand le mêmeÆs de figure touche votre pays ? Où eSt la logique ?

Lorsqu’on a creusé les jambes de Michèle Ndoki par trois balles, les policiers lui disaient : «On va encore voir comment tu paries sur Equinoxe !». Et pendant que Célestin Djamen agonisait face contre terre, ses bourreaux jouaient à la loterie avec sa vie en demandant entre eux : «On le tue ou pas ?». Ace moment-là vous avez jubilé comme des hyènes tachetées. Vous avez hurlé votre plaisir : «Bien fait pour eux ! Ils partaient d’abord marcher pourquoi ?» Et vous avez ajouté avec beaucoup d’amour : «On devait même les tuer dis donc I». Vos commentaires sont encore visibles et lisibles ici sur Facebook. N’essayez donc pas la marche arrière. Les archives ne mentent pas.

Il n’y a aucune différence entre la police de votre pays et la police américaine. D’ailleurs aux USA, ce sont des policiers Blancs qui tuent leurs concitoyens noirs. Au Cameroun, ce sont des policiers noirs qui tuent leurs concitoyens noirs. C’est ainsi que l’adjudant Marie-Claude Mezou a assassiné à bout portant le jeune étudiant Epanda (20 ans) à Bafoussam le mois dernier. Donc en gros, vous approuvez la réaction d’indignation aux USA, et vous refusez que vos compatriotes s’indignent de la même façon, alors que les actes sont les mêmes.

Sorcellerie !

Vous êtes un peuple à qui on a enseigné l’acceptation de sa souffrance ; c’est pour ça qu’on peut voir des gens jubiler quand les burkinabé ont chassé Compaoré en octobre 2014, puis venir jouer les patriotes en peau de chèvre quand il faut chasser Paul Biya, pourtant de la même espèce de chauve-souris. Vous ne pouvez pas soutenir à la fois Georges Floyd et Paul Biya. C’EST IMPOSSIBLE !

Votre seule chance, votre seul salut, c’est que les neo-révolutionnaires camerounais n’ont aucun sens des priorités : plutôt que de se concentrer sur le seul vrai ennemi qui est le Gang de Malfrats de Yaoundé, ils dispersent les énergies à se faire des clashs en ligne, des invectives, se font de longues éloges à eux-mêmes, s’engueulent et s’attribuent des grades de la résistance. Depuis quand ces enfantillages ont un jour renversé un régime ?

Stay focus !

Un peuple éveillé aurait saisi l’opportunité de la vague mondiale d’indignation envers ce pauvre Floyd pour manifester aussi contre les barbaries de son propre régime. Comme le disait Stéphane Hessel dans son petit livre de 32 pages en 2010 : «INDIGNEZ-VOUS !!!». Sachez dire à votre tour : «C’est terminé ! On en a assez !» Apprenez à défendre vos droits ; car même si vous oubliez cela tout le temps dans ce pays où règne la sauvagerie, vous en avez !!!

Et si vous ne faites pas confiance aux partis d’opposition, ce n’est pas grave. Organisez-vous de manière autonome ; trouvez-vous un leader parmi vous dans le peuple, et revendiquer ce que vous méritez. C’est la force du nombre qui intimide la police ; on vous tire dessus parce que vous n’êtes que 30 ou 70. Tant que vous ne faites pas foule et bloc, vous resterez esclaves de vos propres frères.

Ils ont rouvert les bars le 1er mai, et on en est à 6100 cas de Coronavirus (soit 4000 nouveaux cas en seulement un mois !!!). Maintenant, ils rouvrent les écoles pour tuer plus de monde. Ils ont menti sur les «6000 comprimés de chloroquine produits par heure», et ont laissé mourir 4 enfants par manque de couveuses pendant que des députés reçoivent 4 milliards pour des voitures de luxe … dans un pays sans routes ! QU’EST-CE QUI VOUS MANQUE POUR VOUS REVOLTER ?

Chaque jour, les Camerounais se vantent d’être «sur le terrain». Mais paradoxalement c’est ceux qui sont à distance qui font le plus bouger les lignes. A quoi vous sert donc l’avantage du terrain ? C’est une autre logique wamakoulienne, comparable à celle du Negre qui soutient à la fois Floyd et Biya.

Seule la lutte libère. La vraie, pas le wamakoulisme

Ekanga Ekanga Claude Wilfried

(Un révolutionnaire sérieux n’est pas compliqué à identifier ; c’est celui qui oriente tout son temps, toute sa force, toutes ses paroles et tous ses actes contre la cible principale, ET UNIQUEMENT)