Societe

Insécurité : les comités d'autodéfense reprennent du service à Yaoundé

Insécurité : les comités d'autodéfense reprennent du service à Yaoundé

Dans certains quartiers de la capitale politique, des jeunes lassés d’essuyer des coups de la part des malfrats, ont décidé de s’organiser pour assurer la sécurité des habitants. Ce sont des comités d’autodéfense à la rescousse des populations d’après  Mutations.

Tkc, quartier situé dans le 6e arrondissement de la ville de Yaoundé. Il est en proie, depuis le début de l’année 2019, à une inquiétante montée de l’insécurité. Certains habitants ont décidé de contrer le phénomène en plus des efforts des forces de sécurité publique. « Nous sommes un groupe de jeunes constitués en comité autodéfense. Nous sillonnons le quartier toutes les nuits dès 20h jusqu’à l’aube. Chacun de nous a un sifflet pour signaler la présence d’une personne suspecte », rapporte Bertrand Atangana, membre influent dudit comité.

Multiplications des agressions même dans les domiciles des habitants

« Nous étions fatigués d’entendre les plaintes des uns et des autres au sujet des cas de vol. Chacun de nous a son carnet d’adresse. Dès qu’on a à faire à un malfrat, nous passons un coup de fil à une de nos connaissances de la police ou de la gendarmerie qui s’occupe du reste », souligne le jeune homme. Il révèle par la suite qu’un malfrat, habitant du quartier, médite actuellement son sort à la prison centrale de Yaoundé à Kondengui, pour avoir volé chez son voisin. « Nous l’avons pris en flagrant délit. Et depuis qu’il est en prison, il nous fait parvenir de temps en temps des menaces de mort », raconte-t-il.

Les efforts de ces jeunes qui travaillent bénévolement ne sont pas passés inaperçus. La population, se sentant plus en sécurité, apprécie le travail qui est fait et s’implique de plus en plus. « Récemment, le chef du quartier nous a conviés pour qu’ensemble nous puissions assurer la sécurité dans le quartier », informe Bertrand Atangana.

A Essos, au lieudit « Hôtel du plateau bordeaux », des jeunes du quartier, huit au total, se sont constitués eux aussi en comité d’autodéfense. Ils ont érigé une barrière de chaque côté des deux principales entrées du quartier et se sont scindés en deux groupes à part égale. Désiré Eyebe est le responsable de l’entrée bosquet et Eyoum le chef de fil de l’entrée Carrefour Kemali. Dès 19h, ils sont déjà en poste jusqu’à 6h du matin.

Armés de matraques, ils fouillent toute personne qui veut accéder au quartier à une heure avancée dans la nuit. « Nous travaillons en étroite collaboration avec le chef du quartier, Mme Abena ; la police ; la gendarmerie et la sous-préfecture de Yaoundé Ve », explique Raoul Djomba, chef de poste du carrefour Kemali. « Une fois le malfrat saisi, on le maîtrise et l’amène au commissariat. Nous ne permettons nullement aux populations de le toucher. Sinon notre travail avec les forces de maintien de l’ordre n’aura pas de sens », précise-t-il.

Déboursement de 1000 Fcfa par mois par tous les ménages

« Nous avons également créé un parking de véhicules et de motos qui nous sert de dépannage au quotidien », ajoute-t-il. Toutefois, Raoul Djomba déplore le fait que certains ménages ne cotisent pas de manière régulière. Autre obstacle, le quartier est dans le noir total. « Nous avons un problème de lampadaires ; ce qui ne nous permet pas de mieux travailler. Nous avons demandé aux populations de mettre la main à la poche pour l’installation des lampadaires. Mais, on attend encore les contributions », souligne-t-il.

Dans d’autres quartiers à l’instar de Monti, Mendong et Biyem-Assi école, c’est le même scénario. Les populations font des contributions mensuelles, tout comme les différents membres des comités autodéfenses collaborent avec les forces de maintien de l’ordre pour assurer la protection des populations.

Une réunion du 12 octobre 2019 en présence des autorités policières pour un comité en gestation

Quant au quartier Mimboman, la création d’un comité autodéfense est en pleine gestation. Après une présentation sommaire de la situation sécuritaire, il en ressort qu’il y a une insécurité grandissante dans les différentes ruelles du quartier du fait du manque d’éclairage public.

« Nous avons été informés de ce que plus de cinq personnes ont été récemment agressées à l’aide d’armes blanches dans les ruelles par des individus encore non identifiés. Elles ont été dépossédées de leurs biens. Ajouté à cela, un braquage dans une maison où tout a été emporté. Il y a également le cas d’un monsieur qui a été agressé juste devant sa porte alors qu’il rentrait du boulot », fait savoir Honoré Memvi. Pour les participants de ladite rencontre, il se peut que ce soit un groupe de bandits, mais aussi les habitants du quartier, qui auraient été libérés après un séjour de plusieurs mois en prison, pour vol. « Ils reviennent de nouveau opérer avec leurs amis d’ailleurs », analyse-t-il. A la fin de la rencontre, il a été convenu que les moyens soient mis à disposition pour éclairer les différentes ruelles du quartier ; puis, qu’un comité autodéfense soit mis en place. Il va fonctionner toutes les nuits à partir de 20 heures. Et le relai entre les membres se fera toutes les trois heures. « il a été demandé à la population de participer à hauteur de 2000Fcfa par ménage. Cet argent servira à l’achat d’outils devant servir à établir l’éclairage public dans le quartier ».