Santé

Traitement du coronavirus : l'automédication, pile et face

Traitement du coronavirus : l'automédication, pile et face

Cette pratique aboutit parfois au recouvrement de la santé, mais peut également s’avérer dangereuse.

Sur 8743 cas confirmés de coronavirus au Cameroun au 11 juin dernier, 5475 sont guéris. Une santé recouvrée en prenant les médicaments arrêtés dans le protocole de prise en charge mais aussi, parfois, un mélange de décoctions et de comprimés, sur la base des idées reçues autour de la maladie. En dehors de ceux pris en charge dans les centres agréés de traitement du coronavirus et qui sont contraints de rester confinés sous surveillance du personnel de santé, plusieurs avouent s’être auto-prescrit des médicaments.

« Même si je fais confiance au protocole qui m’a été prescrit, je n’ai pas boudé non plus toutes les recettes complémentaires partagées de bon cœur par des amis, des collègues et la famille. Tout y est passé. Les inhalations, les boissons chaudes, le « quinquéliba », la citronnelle, le gingembre, le citron, et même, excusez du peu, mes urines », se remémore Priso Ngalle, ex-patient de COVID-19. Il n’est pas seul. « J’ai soupçonné cela lorsque j’ai eu une forte fièvre couplée à un paludisme. Nous sommes le 03 Avril. Sur le moment, j’ai demandé à prendre une perfusion. Cette perfusion m’a été placée chez moi par un ami médecin », témoigne Georges Franck Gba Medja, un patient guéri du COVID-l 9.

Même si l’Etat a gardé secret le protocole de traitement de cette maladie pendant un moment craignant les risques d’automédication, les débats autour de la pandémie relayés par des médias et les plateformes digitales ont plutôt encouragé la pratique. Tenez par exemple, dès l’annonce de l’amélioration de l’état des patients ayant pris de l’hydroxichloroquine, des « pharmacies de la rue » ont été prises d’assaut par des familles, à la recherche des stocks de sécurité pour parer à toutes éventualités. Un phénomène observé à l’entrée de l’Hôpital central et au marché central de Yaoundé.

Dans la foulée, puisque ce médicament retiré de la circulation au Cameroun il y a quelques années se faisait rare, des cargaisons contrefaites ont fait surface. Commercialisée même par des officines, la chloroquine falsifiée représente plus d’un danger pour celui qui la prend. Selon le Dr Didier Mbarga, pharmacien, même bonne, la chloroquine prise sans l’avis d’un médecin peut avoir des complications cardiaques graves.

Hépatites médicamenteuses

Bien que soulageant parfois des patients, l’automédication qui prend de l’ampleur en ces temps de pandémie reste dangereuse. « A la population, je voudrais recommander de ne pas se livrer à l’automédication. Actuellement, il y a des protocoles de traitement qui ont été initiés par les sociétés savantes qui intègrent plusieurs médicaments et qui s’inscrivent dans une démarche curative. Ce n’est pas un traitement préventif. Le risque c’est que les gens vont développer des hépatites toxiques ou médicamenteuses parce qu’on aura pris des tas de médicaments vus sur le net. Et après la pandémie du COVID-l 9, on aura des hépatites. Il est préférable de prendre un avis médical. Au Cameroun, il y a un protocole qui est suivi par les professionnels de santé dans le cadre de la lutte contre le COVID-l 9 », conseille Dr Marileine Kemme.

Médecin généraliste au front contre un ennemi invisible, le chef de l’unité de traitement et d’isolement du coronavirus à l’Hôpital central de Yaoundé craint également un risque de résistance à certains médicaments.» Quelqu’un va vous dire qu’il a le paludisme ou la fièvre typhoïde depuis des années alors qu’il a lui-même préparé son organisme à ne plus répondre à un certains traitements. Quand on prend des médicaments qui ne sont pas adéquats, les microbes qui sont des organismes vivants développent également leurs systèmes de défense qui leur permettent de résister à tel ou tel antibiotique. Cela fait que l’antibiotique n’est plus performant face à l’infection. Après on sera obligé de faire un antibiogramme pour voir quel antibiotique est sensible à ce microbe-là. On risque de se retrouver avec des infections qu’on n’arnve plus à traiter parce que les médicaments seront très rares ou alors il faut les commander de l’étranger. La résistance antimicrobienne existe même déjà», explique-t-elle.

Désormais, au-delà des officines, l’approvisionnement des patients en médicaments de la rue prends des proportions inquiétantes. Surtout que les patients redoutant un risque de contamination au coronavirus dans les formations sanitaires s’y rendent de moins en moins.’Des médecins expliquent pourtant que les médicaments commercialisés par des mains inexpertes présentent des dangers énormes pour la santé de celui qui les consomme. « Les risques sont nombreux : le surdosage ou le sous-dosage du médicament ; l’efficacité non-garantie ; la mauvaise conservation et le mauvais conditionnement », énumère le Dr Ngouané Dana, médecin.

Selon lui, le phénomène accroît les achats sans prescription, ce qui aboutira dans certains cas à « l’aggravation de la maladie, l’intoxication médicamenteuse, l’insuffisance rénale ou hépatite … ». A ces conséquences, le DrAurélien Nana ajoute «.l’apparition des autres effets secondaires. l’avortement, la diarrhée, l’apparition des résistances aux autres traitements, le coma, l’insuffisance respiratoire, la dysménorrhée, etc. »