Politique

Élection régionale : La météo politique favorable pour le camp de l'opposition

Élection régionale : La météo politique favorable pour le camp de l'opposition

Diplômé en anthropologie sociale et culturelle à l’Université de Yaoundé 1 au Cameroun,  Joseph Lea Ngoula analyse les enjeux des élections régionales au Cameroun. Ci-dessous son analyse :

Les élections régionales annoncées pour le 06 décembre marquent une étape décisive dans le processus de décentralisation prévu dans la Constitution de 1996 et réclamé lors du Grand dialogue national tenu en octobre 2019. Sur le plan politique, ce scrutin qui vient clore le cycle électoral ouvert en 2018 permet aux autorités camerounaises de démentir les accusations d’inertie, et démontrer à l’opinion nationale et la communauté internationale que des efforts sont déployées en vue d’une sortie de crise dans les régions anglophones ; l’accélération du processus de décentralisation ayant été proposée par plusieurs partenaires du Cameroun comme une solution politique susceptible de calmer les tensions dans les régions frondeuses.

L’opposition en retrait

Si elles permettent de parachever la mise en place des institutions prévues par Loi fondamentale de 1996, le contexte politique et sécuritaire dans lequel ces élections régionales se déroulent pourrait ôter toute son importance symbolique à ce grand rendez-vous politique. Le scrutin se prépare dans un climat politique tendu, marqué par de profonds désaccords entre la majorité et les principales forces de l’opposition sur le cadre institutionnel et légal des élections.

Le parti historique de l’opposition, le SDF, – qui multiplie les revers électoraux depuis la présidentielle de 2018 – ainsi que la principale force d’opposition désormais incarnée par le MRC, ont déjà annoncé qu’ils ne seront pas de la partie. Ils récusent Elecam et exigent une réforme du système électoral avant toutes participations aux prochaines échéances.

En rejoignant le front du boycott occupé par le MRC depuis le double scrutin législatif et municipal de février 2019 (le CPP en avait posé les jalons depuis la présidentielle de 2018), le SDF évite de sortir encore plus affaibli d’une élection qui va de facto conforter l’emprise de la majorité présidentielle sur les institutions représentatives.

Élections à hauts risques

Les violences se poursuivent dans les régions anglophones depuis les concertations nationales d’octobre 2019, et la dynamique de ce conflit sanglant est très influencée par le calendrier politique. Chaque élection, depuis 2018, est marquée par une recrudescence de la violence. Les élections régionales annoncées pourraient ouvrir la voie à une Flambée de violences dans la partie anglophone couplée à un raidissement de la contestation politiques dans les villes de Douala et Yaoundé. Le mouvement anglophone est foncièrement opposé à ce processus.

Son aile modéré la considère comme un non évènement eu égard aux lenteurs dans la mise en place du statut spécial très attendu dans les régions du Nord-ouest et Sud-ouest, tandis que l’aile radicale, que représentent les multiples factions séparatistes, n’a jamais transigé sur ses revendications restaurationnistes (retour à l’indépendance des régions anglophones ou, à minima, restauration du fédéralisme égalitaire postindépendance).

Le MRC prévoit dans les prochaines semaines des manifestations d’ampleur pour dénoncer des élections jugées inopportunes. Depuis, le ton monte entre les partisans du MRC et le ministre de l’Administration territoriale. Il faudra peut-être redouter un durcissement de la réponse gouvernementale ainsi qu’un déferlement de déclarations haineuses à la suite des agitations urbaines déjà prévisibles. La situation des droits de l’Hommes pourrait davantage se dégrader autant que la cohabitation entre les différentes communautés, récemment ébranlée par la résurgence des revendications communautaires.

 À l’aube d’une coalition ?

Les prévisions sont certes pessimistes mais la météo politique pourrait se révéler particulièrement favorable pour le camp de l’opposition. On assiste à un début de rapprochement entre les deux principales forces de l’opposition, du moins dans les discours. Sur le terrain, des rencontres sont annoncées entre des responsables régionaux du MRC et du SDF pour vraisemblablement réfléchir sur des synergies d’actions possibles. Ces deux formations qui nourrissaient une inimitié réciproque sont désormais unies derrière l’idée d’une réforme urgente de système électoral.

Et les camerounais, ce suffrage indirect emportera-t-il leur adhésion ? Rien n’est moins sûr car les attentes de citoyens semblent avoir bien évolué depuis deux décennies. L’option du fédéralisme ou du régionalisme rencontre, de plus en plus, un large écho au sein de l’opinion.

Joseph Lea Ngoula