Politique

Crise anglophone : « la déclaration de la chambre haute du Congrès américain ne doit pas être prise à la légère »

Crise anglophone : « la déclaration de la chambre haute du Congrès américain ne doit pas être prise à la légère »

Wanah Immanuel Bumakor, Spécialiste des études de paix et gestion de conflit

« Ce n’est pas la première fois que le Congrès américain se prononce fermement pour avertir le régime de Biya sur les violations des droits de l’homme et de la nécessité d’un dialogue inclusif. Tant la chambre basse que la chambre haute ont fait des déclarations concernant la guerre en cours dans les régions anglophones du Cameroun. Dans des circonstances normales, des déclarations de cette nature appellent une réaction immédiate et si le régime Biya ne se conforme pas, il est possible que des sanctions suivent ou qu’une réunion du Conseil de sécurité des Nations Unies soit convoquée pour discuter sur la crise au Cameroun.

Il convient de rappeler que l’année dernière, une réunion informelle au conseil de sécurité a été convoquée par les États-Unis en mai 2019, deux mois seulement après que la Chambre des représentants américaine ait fait une déclaration similaire concernant la crise au Cameroun. Par conséquent, la déclaration de la chambre haute du Congrès américain ne doit pas être prise à la légère car elle précise les sanctions qui suivront si le régime Biya ne se conforme pas.

Il y a une possibilité que la crise anglophone occupe le haut du pavé dans les questions débattues au conseil de sécurité. C’est très possible car cela se fait attendre depuis longtemps. La guerre en cours dans le pays a été classée par les organisations humanitaires comme la crise humanitaire la plus négligée au monde. À l’heure actuelle, il aurait dû y avoir plusieurs réunions du Conseil de l’Onu pour tenter de rechercher des mesures appropriées pour mettre fin à la crise au Cameroun.

Cependant, cela n’a pas été le cas pour principalement deux raisons: l’efficacité des lobbyistes du régime Biya dans les milieux diplomatiques et surtout le fait que le Cameroun est une sphère d’influence de la France, qui est membre permanent du Conseil de sécurité et aussi alliée des États-Unis. Ils ont tous joué un rôle majeur pour bloquer la demande d’autres nations de convoquer une réunion formelle au Conseil de sécurité des Nations Unies sur le Cameroun.

Cela a également été suivi par les mesures inefficaces du régime de Biya visant à tromper la communauté internationale sur le fait que le régime fait des efforts pour résoudre le dialogue politiquement. Un exemple est le Grand Dialogue National qui a eu lieu pour répondre à la pression de la communauté internationale et malheureusement, il n’était pas destiné à résoudre la crise anglophone et nous pouvons voir l’échec du dialogue aujourd’hui après un an.

La France a un rôle vital à jouer dans la guerre qui se déroule au Cameroun et elle est un acteur important de cette crise. N’oublions pas que le président Emmanuel Macron et d’autres responsables français sont sortis à plusieurs reprises pour dire que c’est à cause de leur intervention que Biya a convoqué un Grand Dialogue National et a également fait libérer le principal chef de l’opposition, le Prof Maurice Kamto et ses alliés, après avoir été illégalement arrêtés et emprisonnés pendant 9 mois.

Cela signifie donc que la France peut influencer le régime pour qu’il appelle à un cessez-le-feu et à un dialogue inclusif. C’est à cet égard que certains responsables de l’Union européenne ont rencontré le président Macron en octobre 2019 pour faire pression sur Biya pour qu’il accopte la médiation menée par la Suisse pour résoudre la crise anglophone. Malheureusement, la France et le régime Biya ont fait la sourde oreille.

IJ est important de noter que la France est la superpuissance qui fait survivre le régime surtout financièrement. Si les institutions financières comme le FMI continuent à accorder des prêts au régime Biya, c’est principalement grâce à l’intervention de la France et des lobbyistes du régime. La situation politique au Cameroun est très critique pour la France, car elle ne peut se permettre de perdre son influence dans le pays si elle veut maîtriser la situation. Surtout, la France sait très bien qu’une médiation menée par la Suisse ou une réunion du Conseil de sécurité sur le Cameroun peut les amener à ne pas maitriser la situation.

Les sanctions individuelles à l’encontre des criminels est sont plausibles. C’est également attendu depuis longtemps étant donné les crimes de guerre et les atrocités qui ont cours dans les régions anglophones, de la part aussi bien des forces militaires que des forces séparatistes sur le terrain. Le Cameroun n’ayant pas ratifié le Statut de Rome de la Cour pénale internationale, la Cour n’a pas compétence sur le Cameroun. Cela signifie qu’elle ne peut pas ordonner une enquête sur les crimes de guerre au Cameroun et ne peut ni sanctionner ni inculper un fonctionnaire camerounais.

Cependant, cela ne peut être possible que si le Conseil de sécurité des Nations Unies donne à la CPI l’autorisation d’enquêter sur le Cameroun. C’est la raison principale pour laquelle le Cameroun et la France font tout pour bloquer une réunion du Conseil de sécu’rité car les conséquences seront désastreuses pour le régime. Néanmoins, les États-Unis peuvent également sanctionner unilatéralement le Cameroun ou l’individu comme ils l’ont fait dans plusieurs pays comme le Burundi, le Soudan, etc. ».