Politique

Cameroun - Sonara - SNH : Une influence anglophone en trompe-l'œil

Cameroun - Sonara - SNH : Une influence anglophone en trompe-l'œil

Certains jeunes du Sud-Ouest Cameroun estiment que ces deux sociétés sont les chasses gardées de Paul Biya et certains de ses vassaux.

Le 16 juillet 2020, les jeunes de Limbé, une ville de la région du Sud-Ouest Cameroun manifestent leurs colères au quartier Clark Quarter. Ceux-ci dénoncent l’accaparement des terres par les élites francophones. Ils s’insurgent aussi contre des discriminations liées à la redistribution des richesses naturelles provenant des hydrocarbures. Pour eux, ils sont des victimes. D’après ces jeunes, les personnalités originaires de cette région semblent être majoritairement   indésirables, au sein de la Société nationale des hydrocarbures (SNH) et de la Société nationale de raffinage (Sonara).

« Un an après l’incendie qui a ravagé une grosse partie de ses installations, le 31 mai 2019, la Sonara cristallise encore la colère des manifestants anglophones dans la ville de Limbé, désormais ultra-militarisée. À l’époque, l’attaque avait été revendiquée par des groupes séparatistes, tandis que Yaoundé s’était contenté de parler « d’incendie » accidentel » avertit Africa Intelligence, dans un article. Pourtant, le conseil d’administration de la Sonara a toujours été présidé par des anglophones du Sud-Ouest.

Bertha Ndoh

La présidence est actuellement sous la responsabilité de Bertha Ndoh. Elle est l’épouse de Benjamin Itoe, magistrat cacique du régime du vieux lion. Conseillère du premier ministre Joseph Dion Ngute, elle bénéficie d’une marge de manœuvre limitée pour encourager l’embauche de jeunes originaires de la région du Sud-Ouest. Tous les pouvoirs sont concentrés dans les mains du management francophone, dont la tête de gondole est le directeur de la Sonara Jean-Paul Simo Njonou.

Bien avant l’arrivée de Ndoh en janvier 2019, le  conseil d’admiration de la Sonara  était dirigé depuis près d’un quart de siècle par feu John Ebong Ngolle, anglophone du Sud-Ouest et membre du Rdpc. L’actuel patron de la Sonara est l’ancien conseiller aux affaires économiques de Ferdinand Ngoh Ngoh, le secrétaire général de la présidence de la République.  Njonou remplace à ce poste Ibrahim Talba Malla Oumaté, un homme de confiance de Paul Biya.

1980

« La SNH est elle aussi dirigée, depuis 27 ans, par un ultra-proche de Paul Biya : Adolphe Moudiki (82 ans). Cet intime du président était déjà secrétaire général du futur chef de l’Etat quand Biya était premier ministre, dans les années 70 », écrit Africa Intelligence. Le président du conseil d’administration de la SNH n’est autre que Ferdinand Ngoh Ngoh. « Fondée en 1980, la SNH est systématiquement dirigée par le secrétaire général de la présidence. Les pontes de la Sonara et de la SNH rendent directement compte à Paul Biya, qui garde ainsi la main sur les deux plus grosses institutions pétrolières du pays. Nourrie par la quasi-absence de diversité de recrutement, la défiance envers la SNH et la Sonara est renforcée par des soupçons d’opacité de gestion dans l’importation des produits » poursuit le journal.

A côté de cet accaparement des postes de management par des francophones au sein de ces deux firmes pétrolières étatiques, la population du Sud-Ouest manifeste aussi sa colère sur la mainmise territoriale des élites francophones sur les affaires de la commune d’arrondissement de Limbé.

Tabe Tando

«  Les cadres de la Sonara bénéficient en effet de terrains dans la ville. Or, les élites locales anglophones acquises à la cause de Yaoundé se gardent bien de remettre en cause cette situation, à l’image du sénateur Rdpc et avocat Tabe Tando, homme politique originaire du département de Manyu (Sud-Ouest) très impliqué dans les affaires pétrolières », conclut Africa Intelligence.