Politique

Cameroun - Crise anglophone : «... il est plus qu'urgent d'aller vite à un cessez-le-feu suivi de négociations crédibles et ouvertes pour une paix véritable et durable...»

Cameroun - Crise anglophone : «... il est plus qu'urgent d'aller vite à un cessez-le-feu suivi de négociations crédibles et ouvertes pour une paix véritable et durable...»

C’est l’opinion que partage Dr Christopher Fomunyoh dans les colonnes du quotidien Le Jour, parution n°3183. Il estime que si rien n’est fait, les populations impactées par cette guerre vont oublier le Grand Dialogue National(Gdn), huit mois après sa tenue à Yaoundé.

Le directeur pour l’Afrique du National Democratic Institute (NDI), estime que la crise anglophone qui a déjà fait plusieurs victimes dans les régions du Nord-ouest et du Sud-Ouest doit rapidement cesser. Les exactions commises par les rebelles sécessionnistes renforcent la douleur des populations déjà meurtries par de nombreux massacres, de milliers de morts et des milliers de déplacés internes et externes. Des populations rescapées qui fuient les affres des éléments de la branche armée de l’État imaginaire de l’Ambazonie.

« Aujourd’hui, les Nations unies projettent que  des millions d’anglophones risquent de faire face à la famine à cause de cette crise; et le Secrétaire général des Nations Unies a lui aussi lancé un appel direct à un cessez-le-feu pour des raisons de COVID-19. Il est plus qu’urgent d’aller vite à un cessez-le-feu, suivi de négociations crédibles et ouvertes pour une paix véritable et durable, si non les populations vont complètement oublier le Grand Dialogue National», indique Dr Christopher Fomunyoh.

Une guerre sans fin ?

Huit mois après la tenue du Grand Dialogue National (Gdn), à Yaoundé sur convocation du Chef de l’Etat, Paul Biya, force est de constater les atrocités continuent. « Certaines élites qui avaient soutenu ces assises peinent à identifier son impact réel sur les populations, sans compter qu’une frange importante avait été sceptique dès le départ par rapport au mécanisme du Gdn et de la mise en œuvre de ses résolutions.

La crise demeure et s’aggrave ; il faut donc envisager des alternatives qui permettraient la participation effective de toutes les composantes et l’écoute véritable des doléances réelles par rapport à la situation des compatriotes anglophones, y compris la participation de ceux qui n’avaient pas pris part au Gdn d’octobre 2019. Il ne faut pas se voiler la face. Il faut mettre tout sur la table et discuter, même des sujets qui fâchent», assène Dr Christopher Fomunyoh.

Sursaut humaniste

Selon lui, le sang des innocentes populations des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest continue de couler au quotidien. Il se fonde notamment sur la bavure de Ngarbuh, orchestrée par les éléments des forces armées Camerounaises le 14 février 2020, l’assassinat du jeune maire de Manfé et l’attentat de Bamenda le 8 mars dernier, en pleine célébration de la Journée Internationale de la Femme.

En fin de compte, Christopher Fomunyoh pense qu’il est primordial pour toutes les forces en présence de se donner à fond pour mettre fin à cette guerre fratricide. « Il nous faut un sursaut humaniste pour sauvegarder ce qui reste du tissu national de la cohésion sociale. C’est notre bonheur collectif qui s’effondre, notre humanité partagée qui se désintègre devant nos yeux et certains osent penser que les blessures profondes de l’heure vont se cicatriser d’ici peu? Mais ils se trompent énormément», conclut l’habitué des palais présidentiels en Afrique.