Politique

Autochtonie des maires : un projet de loi divisionnaire ?

Autochtonie des maires : un projet de loi divisionnaire ?

L’article 246(1) du projet de loi portant Code des collectivités territoriales décentralisées fait l’objet de vives critiques d’après Mutations. La loi qui dispose que « le maire de la Ville est une personnalité autochtone de la région de rattachement de la communauté urbaine » enflamme l’opinion publique camerounaise.

Cette notion d’autochtonie « devenue le véritable dada du régime et ses acolytes n’est ni plus ni moins qu’une trahison du principe de personnalité nationale contenu dans le préambule de la Constitution du Cameroun » s’emporte Alice Sadio la présidente de l’Alliance des forces progressistes (Afp). Elle explique qu’à travers cette expression « personnalité nationale », « nos aînés et devanciers avaient voulu graver dans la loi fondamentale de notre pays le sacro-saint devoir d’ériger une conscience collective nationale camerounaise, devant constituer le ciment de la citoyenneté républicaine émancipée des carcans ethno-tribaux. Le contenu d’une telle citoyenneté pouvant se résumer en une égalité en droits et en devoirs de tous sur l’ensemble du territoire ». Sur les visées d’une telle disposition « inique », conclut-elle, « le régime du Renouveau réitère encore de la manière la plus virulente, son intention de déconstruire ce projet d’État-nation voulu par les pères fondateurs de ce pays ».

Egalité en droits et en devoirs

C’est un avis partagé par le secrétaire national à la communication du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), Sosthène Médard Lipot. « Le tout premier pilier d’action de notre projet de société est le « pacte républicain ». C’est en quelque sorte une alliance nouvelle entre les citoyens camerounais de toutes origines, confessions religieuses et convictions politiques. C’est tout à l’opposé de cet article 246(1) concocté par un régime dont le mode opératoire est « diviser pour mieux régner » estime-t-il.

Une loi à examiner car l’autochtonie pose problème

Un universitaire dénonce : « La plus belle ville du monde, Paris, n’a pas acquis sa réputation en opposant les autochtones aux allogènes, pareil pour New-York, Dakar ou Kigali (ville la plus propre d’Afrique) ». En outre l’historien et analyste politique Ahmadou Sehou est également d’avis que la question de l’autochtonie pose plus de problèmes qu’elle n’en résout. « Depuis son introduction dans la Constitution en 1996, elle a opposé et divisé les Camerounais, portant gravement atteinte au vivre ensemble. Sa réactualisation à travers le Code de la décentralisation renforce ces antagonismes. C’est un concept qui crée de facto une inégalité entre les citoyens d’un même pays, d’une même région et d’une même ville. Comment comprendre qu’un citoyen qui est né ou qui est installé dans une ville depuis de longues années, qui y a investi ou qui y paye ses impôts ne puisse prétendre être maire de cette ville parce que ses parents auraient des racines dans une autre localité ? Comment comprendre qu’à l’heure où des Camerounais sont maires et responsables dans d’autres pays, on puisse mettre ce genre de barrières ? On peut protéger les minorités ou les natifs en faisant jouer simplement le jeu démocratique, sans avoir besoin de l’inscrire dans une loi »

Opposition entre autochtones aux allogènes

Le sénateur Pierre Flambeau Ngayap est plus optimiste et soutient que ce projet de loi « ne devrait pas contribuer à diviser les Camerounais que nous sommes. Nous avons posé avec acuité le problème de l’effectivité ce mode de gouvernance. Le moment est venu pour que les contenus de ce concept soient examinés avec minutie. La protection des minorités est une priorité qui ne souffre d’aucune objection. Dans tout le cas, elles ont droit à la protection. Celle-ci ne passe que par des textes de loi en leur faveur. Dans le cas contraire, ces minorités ne figureront nulle part et cela contribuerait à créer davantage de mécontentements ».