Politique

Alternance au sommet de l'Etat : la nouvelle affaire Charlotte Dipanda

Alternance au sommet de l'Etat : la nouvelle affaire Charlotte Dipanda

Invitée du programme Vous + Nous de Voice Of America (Voa) le 22 mai dernier, l’artiste qui estime que le Cameroun a besoin d’une nouvelle élite dirigeante capable de le conduire vers le développement, est vouée aux gémonies.

Wanted ! Elle est prise pour cible par des internautes qui s’offrent le luxe de lui donner des leçons de patriotisme. Du haut de leur statut de « soutien à la politique du renouveau », ils ont sortis les crocs. Elle est cloué au pilori pour avoir osé donner son avis en tant que camerounaise sur un sujet que beaucoup préfèrent parler en en tapinois. Son scalp est mis à prix sur les réseaux sociaux où certains estiment qu’elle fait partie de ces camerounais qui crachent sur la Nation qui les a nourris de son sein. On lui fait le procès d’être sorti de ses gammes de chanteuse à la renommée établie pour surfer sur un terrain glissant comme celui de la politique dont elle n’en a ni la maîtrise, ni l’autorité encore moins l’expérience.

D’autres super patriotes, au nom de la défense des idéaux d’un « Cameroun en paix », l’accusent de vouloir déstabiliser le Cameroun et donc aurait indubitablement des ramifications avec ceux qui pensent que l’alternance est la solution pour soigner le Cameroun de sa mal-gouvernance et son régime de gérontocrates. Charlotte Dipanda vient de s’ajouter au même titre que Richard Bona, à la liste de ces « ennemis » du pays.

Vomie, conspué, critiquée, dénigrée et honnie sur la toile, le crime de l’auteur de « Massa>>, c’est de s’être permise de donner son point de vue, sur une question comme celle de l’atternance à la tête de l’Etat. Un crime de lèse-majesté qui lui vaut les tirs nourris d’une bande de pseudos patriotes qui n’hésitent même pas à remettre son talent et sa carrière en doute. Les chiens sont lâchés et ont pour consigne, de déchiqueter Dipanda.

Pas d’alternance, pas de développement Invité du programme Vous+Nous de Voice Of America (Voa) le 22 mai dernier, l’ex choriste du feu Jeannot Hens a déclaré avec sa zen attitude, qu’il est temps que les choses changent. Questionné sur le fait que depuis son enfance jusqu’à son âge actuel, Paul Biya est le seul président de la République du Cameroun, qu’elle a connu, Charlotte Dipanda n’a pas caché son envie de voir d’autres propositions. Surtout étant donné qu’avec la chance qu’elle a eu de se déplacer soit à l’intérieur du pays ou à l’extérieur, la rencontre de diverses cultures, à un moment donné, contraint d’une manière ou d’une autre à l’envie de voir les choses changer.

« Effectivement j’ai vraiment eu la chance en tant que camerounaise d’aller dans plusieurs régions du Cameroun et c’est un atout parce que les camerounais à l’intérieur du pays ne voyagent pas beaucoup. Donc chacun reste dans sa région, dans sa ville souvent où on naît, grandit. Les autres on (es voit souvent comme s’ils étaient un peu des étrangers. D’où l’appellation de l’ « Afrique en miniature ».

C’est vraiment un pays qui du Nord au Sud est complètement différent. Les gens ont des postures différentes, des cultures différentes. D’ailleurs on a plus de 200 langues au Cameroun. D’ou la difficulté même pour un Chef d’Etat de diriger tous ces camerounais de tous bords, différents. Mais j’avoue que moi par exemple je n’ai connu que le président actuel.

Qu’est-ce que ça me ferait du bien d’avoir une autre proposition, de se dire que c’est une autre époque qui est inéluctablement révolue aujourd’hui et qu’on a besoin de voir ce que ce pays peut apporter à cette jeunesse-là qui est différente parce que c’est une jeunesse qui est ouverte aussi à l’extérieur, qui voit ce qui se passe à l’extérieur, qui a le devoir, en tout cas l’espère aussi pour son pays.

Moi je pense qu’il est temps qu’on nous propose autre chose. Il est temps que le Cameroun se développe. Parce que tant qu’il n’y a pas d’alternance, il n’y a pas véritablement de développement possible. Je pense que l’Etat actuel est arrivé à bout de ce qu’il pouvait proposer au Cameroun et que, humblement il gagnerait à céder la place à une nouvelle gouvernance. Sans rancune (rires) », a-t-elle déclaré.

Ad vitam eternam

Un postulat que plusieurs camerounais, las de voir qu’un même régime est aux affaires depuis une quarantaine d’années, partagent entièrement. Le premier concerné n’est autre que le Chef de l’Etat Paul Biya, ce roseau qui plie mais refuse de rompre. Lui qui est au pouvoir depuis 1982, ce qui fait de lui l’un des plus anciens dirigeants d’Afrique. Sous son règne, le Cameroun a survécu à une crise économique et est passé d’un État à parti unique au multipartisme.

Mais il a également été marqué par une corruption endémique et un renversement des acquis démocratiques, conduisant à l’annulation des limites de mandats en 2008, ce qui a permis à l’octogénaire de se présenter de nouveau en 2011. Quelque 60% des Camerounais ont moins de 25 ans et n’étaient même pas nés lorsque le président Biya est arrivé au pouvoir. Il évite les médias de son pays, laisse dire les choses les plus saugrenues sur son compte sans jamais démentir un seul mot. Avec 38 ans de règne à la tête de l’Etat, 7 ans comme Premier ministre d’Amadou Ahidjo, entré dans la Haute administration en 1962, Paul Biya incarne aujourd’hui le Cameroun avec ses hauts et ses bas.

Une curiosité tout de même, pour un ancien séminariste, de surcroît fils de catéchiste. En tout cas, le souhait de la majorité des Camerounais demeure que le président du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) laisse le Cameroun tel qu’il l’avait reçu le 6 novembre 1982 et qu’il tienne les engagements qu’il a toujours pris devant ses compatriotes en leur apportant la démocratie, l’État de droit et la prospérité, le respect de la chose publique. Mais connaissant le Sphinx et sa soif du pouvoir dont il en a fait son élixir, il ne compte pas lâcher du lest. Autant mieux s’y accrocher jusqu’à ce que mort s’en suive s’il le faut.