Economie

ExtrêmNord : le plumage des poulets sort de nombreux jeunes du chômage à Maroua

ExtrêmNord : le plumage des poulets sort de nombreux jeunes du chômage à Maroua

Maroua lieu-dit «Koseyel beî» ce 15 février. A 11 h, dans une ambiance animée par des klaxons de motos qui vont et viennent, et des chants de coqs, les vendeurs de poulets installés sous des hangars au bord de la route se livrent à l’accueil des clients. Comme tous les week-ends, l’espace connaît une affluence particulière. Mais au-delà des hangars, le premier visiteur est frappé par 1‘attroupement des jeunes au pied de la montagne à quelques mètres du marché. Ce sont les plumeurs.

Âgés entre 15 et 27 ans, ces jeunes ont fait du plumage travail à plein temps. Pour exercer cette activité les plu-meurs se servent d’un couteau pour égorger le poulet et d’un mini fût utilisé pour chauffer de l’eau. Yaya Issa 22 ans fait partie de ces jeunes. Poulet et couteau à la main, il explique comment s’est-il retrouvé dans cette activité.

«Avant de devenir plumeur, j’étais d’abord un vendeur ambulant. Je vendais des lotus, du menthol et des cache-nez. Après 6 mois de commerce, j’ai constaté que cette activité était pénible et même les revenus étaient maigres. C’est ainsi qu’un ami qui exerçait l’activité de plumage m’a conseillé de venir travailler avec lui. Après ma première semaine j’ai gagné 8000 F sans compter ce que j’avais dépensé. C’est comme ça que j’ai pris goût et j’ai continué à travailler. Aujourd’hui je suis à 3 ans de service de service», raconte le jeune homme en affirmant par la’même occasion que le plumage de poulet est un métier porteur.

Pour exercer leur activité, les plumeurs tissent des relations avec les vendeurs des poulets. «Nous sommes les alliés de vendeurs. Voilà pourquoi nous ne sommes jamais loin d’eux. Il y’a des personnes qui viennent acheter les poulets et préfèrent qu’on leur allège la tâche en les égorgeant et les plumant. Au début les gens étaient retissant et ne voulaient pas de nos services. Mais aujourd’hui ils ont pris conscience du rôle que nous jouons et l’activité prospère. Aux abords de tout marché de poulets, nous sommes bien installés et accueillons les clients», souligne Moustapha Yaouba avant de noter que «ce n’est pas à première vue une grande activité mais en réalité ce secteur informel rapporte gros. Par jour, moi par exemple, je parviens à faire des recettes allant jusqu’à 2000 F Cfa par jour. Ce n’est pas rien pour un débrouillard. Dieu Merci nous parvenons à gagner notre pitance quotidienne» fait remarquer le jeune homme.

A l’image de toute activité génératrice de revenus, le plumage des poulets permet aux jeunes qui s’y sont lancés de trouver leur compte. «Le travail est bien organisé. Il y’a ceux qui sont chargés d’égorger ces poulets-là. D’autres procèdent au plumage. Une fois le poulet égorgé nous le plongeons dans une eau chaude déjà apprêtée. Par la suite nous nous mettons à plumer. Par poulet nous prenons lOOf. Quand c’est un nombre consistant nous pouvons le faire en raison de 75 f par poulet. Moi par exemple il y a des moments où j’enregistre 25 poulets la journée. Mais également des périodes où nous n’enregistrons pas assez de poulets. On peut finir une journée avec 5 poulets plumés» confie Ali Abdouraman qui est dans cette activité informelle depuis bientôt 10 ans.

A la fin du plumage, certains clients usent de leur générosité et laissent à la disposition des nettoyeurs certaines parties du poulet. Dont les pattes, (es têtes, et les intestins. Cés parties sont vendus à 50 F à des femmes assises non loin des plumeurs. Elles servent selon Rachel Nada à faire du bouillon pour la commercialisation. «Chaque jour nous sortons aussi pour venir collecter les pattes, les têtes et les intestins. Après avoir collecté, nous partons à la maison les nettoyer encore avec de l’eau chaude pour faire le bouillon. Lorsque je dépense par exemple 1000F pour en acheter cela me permet de préparer un bouillon de 2500 F. Grace à ces jeunes, nous avons aussi créer notre activité qui nous permet de générer des revenus avec lesquels nous nous prenons en charge» raconte cette jeune fille d’environ 19 ans.

A en croire les plumeurs, la majorité des clients se recrute aussi parmi les personnes originaires de la partie méridionale du pays. Certaines, moins habile dans l’abattage, optent confier le travail à ces jeunes. «Ce n’est pas n’importe qui égorge le poulet. Il y’a des personnes reconnues pour ça. La plupart des familles chrétiennes partagent leur repas avec des musulmans. Et ils aiment bien que ce soit un musulman qui égorge leurs poulets. D’ailleurs ce n’est pas n’importe quel musulman. Nous connaissons parmi nous ceux qui incarnent les valeurs d’un bon musulman. Donc après l’achat par le client, nous venons vers celui-là qu’on a designer qu’il puisse égorger et nous nous en chargeons de plumer», confie Kasrafa Jean.

Conditions hygiéniques

Les clients qui sollicitent au quotidien le service de ces jeunes apprécient le travail abattu non sans déplorer par la même occasion les conditions d’hygiène qui ne sont pas prises en compte par ces jeunes. Rencontrée au lieu-dit Koseyel beî, Angeline Sadjo qui attend d’être servie dit être satisfaite du travail de ces débrouillards d’un nouveau genre.

«A dire vrai ils nous facilitent le travail. Une fois qu’ils ont égorgé et plufner, ton, poulet, là tâche deviènt m’oins lourde. Tu as moins de temps à perdre dans la préparation. Moi je laisse qu’ils font tout ici. Ils égorgent, plument et nettoient même si je regrette quand-même le fait que parfois la même eau sert pour plusieurs poulets. Ce n’est pas du tout hygiénique» souligne pour le déplorer Angeline Sadjo. Cette enseignante habituée de lieux est surnommée «Asso» et passe pratiquement chaque week-end.

Pour l’espace qu’ils occupent au pied de la montagne, les plumeurs payent chaque début de semaine, une somme de 200F.à la commune, de Maroua 2ème.