Divertissement

Dj Arafat voulait tout arrêter pour devenir pasteur - Rufy, danseur

Dj Arafat voulait tout arrêter pour devenir pasteur - Rufy, danseur
Conduit à sa dernière demeure ce samedi 31 août 2019, l’on continuera de parler de Dj Arafat pour longtemps encore. Artiste intergénérationnel, il continuera de marquer bien de générations. A travers ses exégèses, l’on pourra s’abreuver à un pan de sa vie. Au rang des personnes qui peuvent témoigner de l’homme, de l’artiste qu’il a été, il y’a bien entendu ses danseurs. Qui plus que ces garçons ont côtoyé Dj Arafat.

Le 10 août dernier à la salle Yelam’s à Treichville, Rufy faisait sans le savoir, ses dernières pirouettes auprès de son mentor. Six ans déjà qu’il exécutait les chorégraphies des nombreuses danses créées par Dj Arafat. Sa biographie, si elle devrait être écrite consacrera à fortiori un chapitre à Magicien, Bb sans Os, Ordinateur, Super, Rufy….qui ont été ses danseurs. Mais l’on en est pas encore là. Pour l’interview du jour, que d’émotions, que de révélations. La toute première, exclusive, du reste : « Dj Arafat voulait tout arrêter pour devenir pasteur… ». La suite, c’est à travers les lignes qui suivent.

Deux jours après l’enterrement de ton mentor, dans quel état d’esprit es-tu ?

C’est le moment de profondes pensées, réflexions et méditations. Mais en même temps, la réalité s’impose. Cette disparition m’amène à comprendre et à réaliser qu’un nouveau départ s’impose à moi, et je dois y faire face.

Si tu dois te présenter aux lecteurs d’Actupeople, que dirais-tu ? Où es-tu né. Où as-tu grandi ? Ton parcours scolaire...

Je suis né à Abidjan au CHU de Yopougon où mon père était en fonction. J’ai grandi dans la ville de Bouaké où j’ai fait tout mon parcours scolaire jusqu’à la classe de première.

Comment es-tu arrivé à la danse ?

Ma génitrice a dansé à l’époque pour le ballet national de Côte d’ivoire. C’est sûrement de là que j’ai piqué le virus de la danse. Quand je partais encore à l’école, à l’occasion des kermesses et bien de festivités scolaires, mes amis et moi, formions des groupes afin de donner libre cours à notre passion. Mon père n’appréciait pas du tout de me voir danser. Du coup, je me cachais pour aller apprendre les différentes chorégraphies.

Je l’ai fait tourner jusqu’en 2013

Raconte nous ta rencontre avec Dj Arafat et pendant combien de temps as-tu dansé pour lui ?

C’est en 2011 que Dj Arafat m’a découvert auprès de Dj Maxiou avec qui je dansais et qui était aussi son ami. Arafat voulait à tout prix que je danse avec lui, mais vu que lui et DJ Maxiou se connaissaient, pour éviter des histoires, je l’ai fait tourner jusqu’en 2013 où j’ai pris la décision de m’engager à ses côtés.

Réalises-tu qu’on puisse parler de Dj Arafat aujourd’hui au passé ?

En toute sincérité, je n’arrive pas encore à réaliser cela parce que Dj Arafat était une personne pleine de vie. Il n’y a pas longtemps que nous étions tous ensemble joyeux. Et brusquement, il part d’un trait. Vraiment, c’est fort ( il soupire).

Comment as-tu vécu sa mort ?

Je ne saurais comment vous décrire cela parce que cette douleur se vit.

Quand as-tu appris la nouvelle, à quel moment et que faisais-tu ?

Après le concert le samedi 10 août au Yelam’s à Treichville, nous étions tous ensemble le matin du dimanche 11 août. Et comme nous devions jouer le lundi 12 août à Abobo, j’ai décidé de rentrer pour me reposer. A 23 heures, pendant que j’étais chez moi dans mon lit, Christina Dj m’appelle pour m’informer de l’accident dont il venait d’être victime.

Cette douleur se vit

Le samedi, vous jouez avec lui. Dimanche, il est victime d’un accident. Le lundi, il décède. Y-avait-il des signes qui présageaient d’un tel drame ?

Aucun signe, absolument aucun. Et s’il y en avait, je n’en ai pas fait la remarque parce que je pouvais tout imaginer sauf un tel scénario.

Dans tes souvenirs, raconte nous les dix meilleurs moments que vous avez partagé ensemble ?

Les beaux moments, on en a tellement vécu que je ne peux en choisir dix. Chaque fois que nous nous retrouvions, c’était toujours dans la joie.

Raconte nous les derniers moments de Dj Arafat sur terre. Vous qui étiez avec lui au quotidien, comment était-il, quel était l’état de son moral ?

Ses derniers moments sur terre, il ne parlait que de Dieu. Même lorsque nous étions en France au mois de Février. Après cette tournée, quand nous sommes rentrés, il m’a dit qu’il allait tout arrêter, qu’il allait mettre fin à sa carrière musicale pour devenir pasteur. Après, quand il a lancé le « moto moto tour », il m’a informé qu’il était boycotté. J’ai senti que moralement, il était atteint. Mais j’avais confiance parce que mentalement, c’était quelqu’un de très fort.

On dit qu’il a été abandonné avant sa mort, partages- tu ce sentiment ?

Oui, mais je n’avais pas besoin de raconter cela, puisque je vivais cette situation avec lui.

Il aimait tant sa « Chine Populaire »…

Dj Arafat hébergeait beaucoup de personnes, dit-on. Peux-tu nous en dire davantage ?

La plupart des personnes qu’il hébergeait n’avait aucun lien de parenté avec lui. Moi-même, j’ai vécu chez lui pendant deux ans.

Que retiens-tu de lui ?

Chacun de nous sur cette terre ici bas a ses qualités et ses défauts. Ce que je retiens de lui, ce sont ses qualités qui se déclinent en ces valeurs : Détermination, rage, bosseur, créatif. Il nous a démontré aussi qu’on peut partir de 0 et devenir un 10.

S’il y’a un témoignage exclusif que tu aimerais partager, ce serait lequel ?

Pour moi, le seul témoignage, ce serait de faire savoir qui est réellement Dj Arafat malgré ses défauts.

Comment comptez-vous pérenniser son héritage ?

Relever le défi au nom de la Yôrôgang et surtout entretenir sa « Chine Populaire » qu’il aimait tant.